‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 222 sur 316 · COLOMB REND VISITE A GUACANAGARI · texte numérisé non relu

COLOMB REND VISITE A GUACANAGARI

vait produire un bon effet. Il avait aussi préparé des cadeaux; Ce brillant cortège arriva dans la demeure du Roi c]ui s était disposé à le recevoir.

Lorsque Colomb parut, Guacanagari, sans quitter son hamac en filet de coton, fit de sa place les démonstrations les plus gracieuses. En exprimant ses regrets de la mort des chrétiens, ses yeux se remplirent de larmes. Il retraça leur tin déplorable, et n’oublia point les efforts tentés pour les secourir. Il montrait sur plusieurs de ses sujets des cicatrices assez récentes, et les bandes qui enveloppaient sa jambe blessée. Comme le docteur Chanca, méecin en chef de la flotte, avait amené un chirurgien de la marine, Colomb dit au Roi qu’ils étalent tous deux trèshabiles à guérir les blessures, et l’invita à montrer la sienne. Il le lit volontiers. Mais le docteur Chanca trouva que le jour n’était pas assez clair dans cet appartement, et qu’il serait mieux en plein air pour bien l’examiner’ Alors s’aidant du bras de l’Amiral, le Cacique sortit. Dès qu’il fut assis, le chirurgien enleva les bandes. Guacanagari dit à Colomb que la blessure provenait d’une pierre. Aucune trace de contusion ou de meurtrissure n’était visible. Cependant il semblait en souffrir quand on y portait la main. L’opinion générale des Espagnols fut que le Cacique jouait la comédie.

^ Le Père Boïl crut sur cet indice que Guacanagari avait étécomplicedu massacredes Espagnols; il fut d’avisde l’arrêter à 1 instant et d en taire un châtiment exemplaire. Mais

Colomb se rappelant les nombreuses marquesd’attachement

reçusdelui, son habitation incendiée, les cicatrices récentes de ses sujets, la conformité de tous les dires des indiens qu’on avait interrogés, se refusait à le croire coupable. Le I ère Roil ijiii, en sa qualité de diplomate, croyait juger les hommes avec profondeur se piqua de voir laVonliance

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en ce cas, d ne faudrait pas se hâter, de peur d’avoir sur

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Guacanagari fit don à l’Amiral de Imit marcs et demi c or, de pierres de diverses couleurs, d’une couronne or, de trois calebasses pleines de poudre d’or et d’un Jonnet enrichi de pierreries. L’Amiral lui remit des nré

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pingles et sonnettes que le Cacique estinnif f]’n ^ ’

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Au départ de [•Amiral, le Caeique, malgré sa l e sure 1 accompagna sur son bord. L’aspect de ce« navires le frappa de surnrise 11^ f nombreux

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de 1 équipage qui la surnommait doua Catalina Gua-

446 SOUPÇONS CONTRE GUACANAGÂRI.

canagari lui adressa quelques paroles de courtoisie royale appuyées d’un regard de tendre sympathie^ Maigre la différence de leurs idiomes, ils se comprirent fort bien, et convinrent de leurs faits devant tout le monde, sans que personne s’en doutât.

L’Amiral offrit au Cacique une collation*, lui donna des marques de confiance et d’amitié comme autrefois^ lui dit qu’il voulait aller habiter auprès de lui et y bâtir des maisons. Guacanagari répondit qu’il en serait charmé*, mais que ce lieu était malsain a cause de son extrême humidité. Ce qui était exact.

Colomb lui parlant de Dieu, de Jésus-Christ, l’engageait â se faire chrétien, et voulait lui suspendre au cou une médaille de la sainte Yierge qu’il porterait en attendant qu’il fût baptisé. Mais quand le Cacique sut que c’était un signe de religion des chrétiens, il s y refusa. Il fallut la persuasive insistance de l’Amiral pour le décider a garder cette image d’un culte contre lequel l’avaient prévenu les moqueries ^ et les brigandages des Espagnols restés dans ses États. Toutefois, malgré son désir de répondre aux témoignages de Colomb, il semblait éprouver une sorte de contrainte, d’embarras qui parut de mauvais présage. Le Père Doit y trouva la confirmation de ses soupçons^ et comme son habitude des affaires politiques lui donnait une sorte d’autorité dans la manière de traiter, il conseilla de nouveau de l’arrêter, maintenant qu’on le tenait à bord!; de le déclarer prisonnier. L’Amiral n’y voulut point consentir. Quelque chose d’inexplicable l’assurait de l’innocence de son hôte.

1 « Conversus in unam quam Catharinam nostri vocabant, oculos « semi fractos conjicere visus, eam blande allocutus est. » — Pétri Martyris Anglerii, Oceaneæ Decadis prhnæ, liber secundus.

* Fernando Colomb, Histoire de VAmiraly cbap. xlix.

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