FRAUDE DE FOURNISSEURS
visionnements pour les emmagasiner dans les nouvelles constructions; l’Amiral reconnut que la plupart des vivres étaient avariés ou en quantité insuffisante. A cause des bénéfices illicites opérés sur la fourniture des tonneaux à Séville, la meilleure partie du vin avait coulé des futailles mal cerclées. L’elïéctif des médicaments n’était point en rapport avec l’état dressé par le médecin en chef. Les bestiaux de choix se trouvaient remplacés par d’autres, chétifs, de mauvaise race. Aux magnifiques chevaux qu’avait passés en revue l’Amiral à Séville, on avait substitué de pauvres cavales, après avoir touché le haut prix des premiers On conçoit maintenant la répugnance instinctive de Colomb pour le contrôleur-général, Juan de Soria, et pourquoi celui-ci fut l’irréconciliable ennemi de l’homme qui le devinait. Ainsi dans la plus ancienne expédition d’une flotte royale, allant au Nouveau Monde, on trouve déjà ces spéculations immorales, ces connivences frauduleuses qu’on a si souvent reprochées à l’administration de la marine.
La fraude des bureaux de Séville aggrava donc la situation de la colonie à ses commencements. Il y eut alors de cruels désenchantements et des découragements amers. Toutefois, les marins, les soldats, les laboureurs plus aguerris aux fatigues ou plus promptement rétablis continuèrent les travaux, si bien qu’avant la fin de janvier bon nombre de maisons se trouvèrent achevées, et l’Amiral fit entourer la cité d’un mur en pierres sèches, à la façon arabe.
Voulant profiter de la saison favorable au retour en Espagne, et comprenant la nécessité d’obtenir sans retard d’autres approvisionnements, l’Amiral se hâta de
‘ Mémoire de l’Amiral don Christophe Colomb, remis par Antonio de Terres aux Rois Catholiques, § 17. — Collection de Navarrete, 1. 1,