LE CONSEIL DU ROI ÉCARTE LE PROJET DE COLOMB
rait-ce pas peut-être refuser Dieu? ne serait-ce pas au moins le desservir grandement que de négliger cette occasion de faire retentir, d’un pôle à l’autre, la voix du saint Evangile, en prenant pour organe de cette gloire la nation portugaise, dont les Princes pouvaient espérer, en recompense de leur zèle, de grands accroissements d’empire et cette illustration qui assure l’immortalité? Dans son pieux enthousiasme, le chevalier chrétien ajouta que, « tout soldat qu’il était, il osait, comme s’il entendait en cet instant même une voix et un esprit du cieP présager au souverain qui tenterait cette entreprise, une heureuse réussite, un plus grand honneur, une plus grande puissance et une plus vaste gloire dans la postérité que jamais n’obtinrent les héros les plus célèbres et les plus fortunés monarques. »
D’unanimes acclamations accueillirent ce discours. Mais l’opinion de l’évêque de Ceuta était défavorable à Colomb quant aux moyens même d’exécution. Sa spécialité si reconnue en matière de sciences nautiques fit que le Conseil, sans discuter aucunement ce projet, le perdit tout à fait de vue au milieu d’une question plus vitale pour la monarchie portugaise : la reprise des expéditions commencées par l’infant don Henrique et suspendues sous le règne dernier. Contrairement à l’avis de l’évêque, le Conseil opina en faveur des découvertes, mais il passa complètement sous silence le projet de Colomb.
Tanjar osasse contradezirla. » — Vasconcelos, Vida y acciones del rey don Juan el II de Portugal, lib. IV.
‘ « Que se atrevia aunque soldado, como voz y espiritu del cielo pronosticar felices sucessos, y la mayor honra y crédite con la posteridad que jamas alcaçaron los Cesares y monarcas mas valerosos y bien afortunados. » — Vasconcelos, Vida y acciones del rey don Juan cl U de Portugal, lib. IV,
LE ROI VEUT TENTER L’eNTREPRISE. 117
Celle seance du Conseil esl un docunienl précieux dans
définilif de son enlreprise.
Pourlanl la manière légère ou dédaigneuse donl le haul Conseil, sur 1 asserlion d’un seul de ses membres, avail écarlé le projel de Colomb, ne satisfaisail ni la justice, ni 1 cspril si éclairé de JoamII. Condamner n’élail pas juger. Les conversalions du cosmograpbe génois revenaient à sa mémoire, el d continuait a s en préoccuper. Kn diverses circonstances il s’en ouvrit avec ses bxmiliers. Ceux-ci cherchaient à effacer le déplaisir du Roi. On lui représentait quels inconvénients pouvaient rejaillir sur la majesté royale, d une convention faite serieusement, à propos d’un plan qui n était, peut-être, que la docte illusion d’un marchand de livres. On lui suggérait de faire l’épreuve du projet d’après les propres données fournies par le Génois. D’autres érigeaient les lenteurs en système. Ces habiles voulaient, par les retards, donner accès à des éventualités qui, peut-être éclaireraient gratuitement le problème dont le Génois prétendait vendre si cher la solution.
Cependant le temps s’écoulait.
Rien ne venait du côté de la cour mettre un terme à l’incertitude. Colomb, ferme et résolu , ceint de cette patience austère qui sert d’armure aux âmes fortes, gagnant sa subsistance à la fatigue de sa plume et de son compas, alimentant son esprit de tout livre qu’il achetait et relisait encore avant de s’en défaire, acquérait, pendant celte
inaction forcée, une instruction non moins variée que solide.
Enfin le monarque, par sa propre réflexion, fut amené à vouloir absolument risquer l’enlreitrisc. Ce qui le relenait encore, c était rexorbitante rémunération qu’impo-