LE PLAN DE COLOMB
sait le Génois. Dans cette perplexité, un de ses conseillers lui suggéra un moyen de concilier son désir d’expédition avec ce qu ils appelaient la dignité de la couronne. Ce moyen consistait à munir secrètement du plan et des instructions de Colomb, un bon pilote portugais, et à l’envoyer a la découverte dans la route indiquée. Connaissance prise de la terre que cbercbait Colomb, on ne serait plus oblige de lui accorder une bien grande récompense, îlelas ! le Koi, homme droit et habituellement loyal dans ses habiletés politiques, eut le malheur de tremper dans
cette connivence. Il y participa en rougissant. Sans doute on le circonvint par d’adroites paroles. On fit valoir des raisons d État. Au nom de la patrie, on lui persuada que l’intérêt général devait l’emporter sur un intérêt privé, surtout quand il s’agissait d’un étranger ^ on ajouta peutêtre que cette déception serait pour le Génois la juste punition de son entêtement à des prétentions insensées.
Enfin, Joam II oublia un jour qu’il était gentilhomme^ et le malheureux conseiller, dont il subit l’influence dans ce
jour d’égarement, fut le docteur Diego Ortiz de Cazadilla. Le fait n’est que trop avéré.
Un rayon d’espoir trompeur vint alors traverser la vie laborieusement monotone que menait Colomb, attendant toujours. Un message de la Commission scientifique l’invitait à déposer, sans retard, le détail de son projet, avec les preuves à l’appui 5 de telle sorte qu’on pût examiner à fond et la théorie et les moyens d’exécution de son plan. Incapable de supposer en si haut lieu une félonie, Colomb livra sans défiance le plan, les notes, les cartes, en un mot les moyens d’exécuter son entreprise. Aussitôt l’un des plus habiles capitaines de la marine portugaise fut dépêché avec une caravelle pour aller, en apparence, ravitailler les îles du cap Vert, mais avec la secrète mission de