DESSEIN DE COLOMB DE CHÂTIER LES CARAÏBES
SOUS rinvocation de rarchange saint Michel. Le samedi 23, un grand canot, portant un Cacique, aborda les caravelles en disant à haute voix en castillan : « Amiral, Amiral, d'où conjecturez-vous que ce cap doit être d’Hispaniola ‘ ? » En effet, il ne le savait pas : il s’y trouvait cependant, venu en droite ligne, avec cette précision qui tenait du prodige. Son projet était de pousser directement jusqu’aux îles Caraïbes.
En considérant cette race impie, qui depuis des siècles désolait les splendides séjours que la Providence avait préparés pour la paix et le bonheur de ses enfants; en se rappelant sa violation permanente des lois de l’humanité, sa gourmandise homicide, l’impunité dont s’enorgueillissait sa barbarie, ses coupes réglées parmi les populations paciliques, qui frémissaient d'horreur à leur seul nom, il résolut d’assujettir cette race entière, de la contraindre à travailler au profit des peuplades inoffensives qu’elle s’était habituée à dévorer; et, par l’accomplissement de cette justice, d’attirer la reconnaissance des insulaires aux chrétiens, dont ils embrasseraient avec empressement la foi. En attendant que la Reine statuât à l’égard de ces féroces déjirédateurs, il voulait au moins, avec ses caravelles et ses emhareations, pareourir l’archipel Caraïbe, fouiller les repaires des mangeurs d’hommes, incendier leurs cases, leurs canots^, pour les empêcher de poursuivre plus longtemps leurs forfaits. Il espérait les frapper d’impuissance par une croisière qui les obligerait à se séquestrer dans
^ Herrcra, Histoire générale des voijages et conqvêtcs des Castillans dans les Indes occidentales. Décade i, liv. 11, ciia*-. w.
^ « Hoc aninio ut iterum cannibalium insulas devastaret canoasque ' orum omnes combureret, ne nocere ulterius lupi rapaces finitimis ovibus possint. »— Pétri Martyris Anglerii, Oceancæ Decadis primæ, lib. IH? fol. 10.