‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 248 sur 316 · LE PORTUGAL IMPOSE UNE NOUVELLE DÉMARCATION · texte numérisé non relu

LE PORTUGAL IMPOSE UNE NOUVELLE DÉMARCATION

et méconnaissant le caractère apostolique et providentiel du privilège dont elle était saisie, elle permit à ses Commissaires de redresser par leurs calculs les erreurs supposées de la Bulle. Les savants portugais, avec un orgueil, et les Castillans, avec une sottise exemplaire, sans plus tenir compte du tracé pontifical que s’il n’eût point existé, ne daignant pas même le nommer ou y faire allusion, convinrent de tirer une autre ligne droite ‘, allant du pôle arctique au pôle antarctique, etpassantà trois cent soixantedix lieues au couchant des lies du cap Vert L C’était reculer de deux cent soixante-dix lieues la ligne fixée par le Saint-Père.

Or, dans ce reculement de deux cent soixante-dix lieues, ^a projection de la ligne nouvelle au lieu d’arriver au Pôle 5ud, comme la Démarcation papale, sans couper aucune erre, allait rencontrer le cap Saint-Augustin et toute la

lartie du nouveau continent qui s’avance à l’est dans ’Atlantique.

Donc :

Pour avoir méconnu l’apostolat de Christophe Colomb, ^outé de la science inspirée du Saint-Siège, s’etre crii lus équitable que le Souverain Pontife envers les droits U Portugal et avoir osé corriger la Bulle, l’Espagne perdit privilège exclusif sur le Nouveau-Monde 5 et le vaste mpire du Brésil fut acquis au Portugal.

Les historiographes royaux d’Espagne ont été surpris

(f Ils demeurèrent d’accord que la ligne de la division des mers ^tendrait jusques à deux cent soixante et dix lieues plus avant vers le

ment. » Herrera, Histoire générale des Indes occidentales, üéde liv. Il, chap. x.

^ « ... La CLial raya 6 linea é senal se Raya de dar y de dereclia, como •ho es, a trescientas setenla léguas de las islas de Cabo Verde, etc. »

Capitulacion de laparticion del niar Océano, coleccion diploinatica eu ni., iV’ Lxxv. ’

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492 RÉSULTAT FACHEUX POUR L’ëSPAGNE OU NOUVEAU TRACÉ.

de la grandeur de la dotation que lui avait octroyé le Saint-Père, et déploré cette faiblesse de la Commission, qui, sous le prétexte de perfectionnement géographique, consentit à ce déplacement de ligne. La plus récente histoire d’Espagne ^ publiée en France reconnaît aussi que pour ne pas s’en être uniquement rapportée au Saint- Père , la Castille perdit la magnifique possession du Brésil.

Les Commissaires pleinement satisfaits de leur science, passant sous un silence dédaigneux la Démarcation papale, avaient tiré leurs mesures avec une étroitesse de vue et une sécheresse de mathématicien. Néanmoins leurs prétentieux calculs ne reposaient sur aucune donnée cosmographique ^ tandis au contraire que la ligne tracee par le Souverain Pontife précisait un emplacement des plus importants sur la surface du Globe, le plus digne de nos études et de nos investigations. Involontairement frappé de cette merveilleuse prévision du Saint-Siège, le grand Humboldt a signalé comme un contraste, rinsignifiancedes mesures fixées par la Commission savante qui prétendait faire un partage plus ingénieux ou plus exact que celui d’Alexandre VI. L’illustre protestant dit en parlant des moyens cherchés alors pour déterminer sur terre et sur mer une ligne de Démarcation imaginaire : <c L état de la science et l’imperfection de tous les instruments qui seivaient sur mer à mesurer le temps ou 1 espace ne permettaient pas encore, en 1493, la solution pratique d’un problème aussi compliqué. Dans cet état de choses, le pape Alexandre VI, en s’arrogeant le droit de partager un hémisphère entre deux puissants empires , rendit, sans le savoir, des services signales a 1 astronomie nauticjue

î Uosseeuw-Saint-Hilaire, liïstoirc d'Espagne, tom. VI, p. 1 1G.

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éSim^ÊllÊÊ

OPINION DE nUMBOLDT SUR U DÉMARCATION PAPALE. 403

et à la théorie physique du magnétisme terrestre \ » Remarquant aussi le dédaigneux silence de la Commission au sujet de la ligne de Démarcation pontificale, Humfioldt dit plus loin : « Les lignes de Démarcations papales mentaient d’être mentionnées exactement, parce qu’elles ont eu une grande infiuenco sur les elTorts tentés pour

perfectionner l’astronomie nautique et les méthodes de longitude »

Les ennemis de l’Église, les détracteurs de la Papauté tout en lui contestant le droit de cette étonnante Donation' sont obliges de confesser la sagesse de son opération et la grandeur de la rémunération accordée au zèle catholique de l’Espagne. Montesquieu lui-même, appréciant au lond la décision pontificale, parle de « la célèbre ligne de Démarcation, » et suivant son expression de magistrat trouve qu’ainsi le Pape Alexandre VI « jugea un grand procès ^ ). Après avoir d’abord essayé de taxer d’imprudence la Délimitation décrétée par le Souverain Pontife Washington Irving est forcé de rendre enfin hommage « a ta ligne de Démarcation d’un pôle à l’autre, si sagement tracée par Sa Sainteté^. »

De quelque croyance qu’on soit, à quelque point de vue qu on se place, un fait reste acquis pour tous dans ce débat : Le Samt-Siége montra plus de confiance en Colomb que la Cour de Castille. Le Révélateur du Globe fut mieux jugé par 1 Église que par le gouvernement auquel il se

Huriiboldt, Cosmos, £ssai d’une description physique du Monde, t. II, p. 340. *

2 Humboldt, Cosmos, Essai d'une description physique du Monde

WI, p. 571, 572. ^

3 Montesquieu, de V Esprit des lois, t. II, liv. XXI, chap. xviii, p. 78. Washington Irving, Histoire de Christophe Colomb, liv. V ch

). 370. — Édit, de 1 828. ^

494 COLOMB MIEUX JUGÉ PAR LE S.-SIÉGE QUE PAR l’ESPAGNE.

dévouait. Et parce qu’elle osa mettre en doute l’infaillibilité apostolique, parce qu’elle préféra la prudence de l’homme, sa prétendue science à l’autorité souveraine qu’elle avait d’abord invoquée, l’Espagne réduisit ellemême l’immensité de son privilège, et diminua contre son gré son admirable dotation.

Si l’on examine d’un œil impartial les documents de ce conflit entre les deux puissances catholiques, conflit qu’avait su prévenir la suprême sagesse de la Papauté, on ne peut se défendre d’un sentiment de surprise et de respect, en voyant combien les événements sont venus justifier à la fois les prévisions, la certitude et les bénédictions du Saint-Siège. Ici l’Église avait agi à la manière de la Providence, qui dans ses récompenses surpasse toujours l’attente de l’homme. Pour avoir voulu faire mieux qu’elle, l’Espagne perdit la meilleure part du magnifique don qui lui était octroyé. Afin de châtier son orgueil. Dieu n’eùt qu’à l’abandonner à elle-même. L’accomplissement do ses propres souhaits fut sa première punition.

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