BARTHÉLEMY COLOMB REJOINT SON FRÈRE
qualités du guerrier. On reconnut sa capacité comme marin. La Reine désira l’acquérir à son royaume, autant pour sa propre valeur qu’en vue de complaire à l’Amiral. Barthélemy reçut des lettres de noblesse et le commandement de trois navires, qui devaient ravitailler la colonie. Il mit à la voile aussitôt que l’archidiacre Fonseca en eut terminé l’armement. Mais quand il atteignit l’Espagnole, l’Amiral venait de partir pour son exploration de Cuba. Enfin ils furent réunis. Sa présence dans la colonie était un secours inappréciable pour l’Amiral, revenant exténué par d’inexprimables fatigues.
Entré à la mer peu d’années après son frère, Barthélemy Colomb, ayant navigué maintes fois avec lui, joignait à la théorie la sûreté de la pratique. Largement doué sous le rapport des qualités physiques, l’attrait de sa physionomie, exprimant franchise et joviale humeur, dés qu’elle n’était pas sévère , s’harmonisait avec une haute stature, soutenue d’une vigueur d’athlète. Son extérieur rappelait
les héros de bronze sortis du moule antique. D’une intrépidité chevaleresque, très-habile au maniement de toute arme, il savait, par le sentiment de sa force et la mâle tranquillité de son courage, imposer le respect autour de sa personne. On l’eût dit né pour le commandement^ il en avait l’assurance, la spontanéité de résolution, la précision de coup d’œil ^ et si son dévouement ne l’eût pas déterminé à s’éclipser dans la gloire de son frère, il aurait pu s’illustrer par lui-même, pour son propre compte, tant il possédait à un haut degré l’instinct militaire, le génie du marin et la prévoyance de l’administrateur.
L’accident de mer qui le jeta nu dans un pays dont il ignorait la langue, et d’où, à force de courage, de travail patient, d’économies faites sur le retranchement de son pain pendant des années, par amour fraternel, il parvint
DIEGO GOLOMD. 499
a sortir, la façon dont il accomplit son message disent assez l’énergie de son caractère.
Sa parole était nette et facile. La vivacité de son style ne manquait pas d’élégance. Chez lui, l’observation suppléait à l’étude. 11 parlait le latin, l’italien, le portugais, le danois, l’anglais, l’espagnol. Il possédait l’esprit de l’à-propos, le goût hieiarchique de 1 organisation, le tact du gouvernement. Quoiqu’il fût bon catholique et dévoué àla religion, sa piété n était point tendre et élevée comme celle de Christophe 5 il ignorait les douceurs de la vie intérieure; ne réprimait pas toujours les brusques saillies de sa franchise et les emportements de sa force envers les hommes de cour, les traîtres , les obstacles que la vanité castillane opposait à l’accomplissement du Lien.
Le second frère de 1 Amiral, don Diego, ne ressemblait a don Barthélemy que par son dévouement absolu à son frère aîné. Né pendant que ses deux frères, depuis plusieurs années, étaient à la mer, Diego Colomb n’avait point reçu leur constitution robuste. Son enfance maladive exigea de longs ménagements. Les mères s’attachent à leurs enfants par les inquiétudes même qu’elles ont eues et les soins qu’elles ont prodigués. Le petit Diego étant le dernier fils de Dominique Colomb, le seul qui fût toujours resté au foyer, Suzanne Fontanarossa le garda tenirement auprès d elle aussi longtemps que possible. Sa seizième année était révolue, lorsqu’il entra comme apprenti ->hez Luchino Cadamartori, maître cardeur à Savone.
A 1 epoque ou 1 Amiral revint de son premier voyage, Diego quitta le métier paternel, pour obéir à son frère, qui e mandait près de lui. Avec cette docilité au devoir, ce subit nstinct des convenances, effet de cette diversité d’aptiudes qui semblaient attachées comme une bénédiction à a famille du vieux cardeur, Diego, présenté à la cour, se