‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 253 sur 316 · DÉVOUEMENT DE DIEGO POUR COLOMB · texte numérisé non relu

DÉVOUEMENT DE DIEGO POUR COLOMB

trouva soudain au niveau de sa nouvelle situation. Sa tendre admiration pour son frère, l’observation de ses exemples et de ses recommandations lui inspiraient ce qu’il devait savoir. Le dévouement de Diego s’ennoblissait du sentiment religieux. Il admirait dans son frère aîné la double prééminence du génie et de la piété. Il le vénérait à cause de ses vertus-, car Diego n’ambitionnait ni renommée, ni honneurs, ni richesses. Sa subite élévation n’avait point enflé son cœur, parce que ce cœur appartenait à Dieu. Il restait dans le monde sans l’aimer, par pure obéissance, parce que telle était la volonté de son frère, son supérieur, son chef qu’il regardait comme un second père. Il n’aspirait qu’au service de Dieu, et occupait toujours les divers offices que lui désignait l’Amiral, comme l’emploi que Dieu voulait qu’il remplît.

Son goût le portait à la solitude , à l’étude des lettres qui lui offrit tardivement ses charmes, quand un instant de répit lui permettait d’ouvrir les livres de ses frères. Aux soucis de la haute administration, il aurait préféré le calme de l’obscurité ^ mais plein de résignation , il mettait son bonheur à servir son frère aîné. Sa gloire à lui c’était son frère -, son ambition, son frère. Pour lui-même, il ne souhaitait rien que la vie retirée, inconnue aux hommes et sue de Dieu seul. Il ne paraît pas qu’aucun amour terrestre ait traversé son cœur. Dans le secret de sa demeure il imitait les habitudes régulières de l’Amiral, récitait l’office chaque jour et s’élevait à Dieu. Ce dévouement plein d’abnégation, cette existence volontairement secondaire, multipliant sans efforts les sacrifices, assuraient à l’Amiral une vigilance à toute épreuve, tandis que les qualités vigoureuses de son frère Barthélemy mettaient a ses ordres l’expérience, la prévoyance, la force 5 en un mot les moyens d’entreprendre et d’exécuter,

APPROVISIONNEMENTS ENVOYÉS D’eSPAGNE. 5ûl

§ II

^ Outre les nouvelles que don Barthélemy avait apportées d’Espagne, l’Amiral en reçut bientôt de plus récentes par Antonio de Torrez qui arriva, conduisant quatre caravelles, chargées des approvisionnements en subsistances, rafraîchissements, médicaments, vêtements, marchandises qu’il avait demandés, et amenant pour le service de l'hôpital un médecin, un apothicaire; en outre, quelques ouvriers mineurs et jardiniers. Les caravelles apportaient aussi du bétail pour former des troupeaux et divers objets

destinés , les uns aux malades , les autres à la maison de l’Amiral.

Délicatement ingénieuse dans sa recherche d’attentions pour le Révélateur du Globe, la Reine, se rappelant ses goûts du beau linge, des parfums, des choses simples, niais choisies, ainsi que les frugales habitudes de son régime , voulut lui composer elle-même un supplément de mobilier et de provisions qu’il trouvât à son gré. Ces petits secrets de ménagé, si prosaïques en d’autres circonstances, sont ici d’un doux intérêt. L’amitié de la Reine,

1 affectueuse prévoyance de sa sollicitude pour le bienêtre de ce grand homme rehaussent chacun de ces vulgaires details. On n a jamais raconté ces arrangements d’intérieur calculés entre les deux plus nobles existences de 1 humanité. Voici ce qu’envoyait la Reine catholique au grand Amiral de l’Océan.

Pour sa chambre ;

Un lit de six matelas couverts de toile de Bretagne ■; trois paires de drap de toile de Hollande et quatre oreillers de toile fine de Hollande, une riche couverture piquée, un couvre-pieds à franges; puis comme tapisserie, en

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