CONDUITE DU PÈRE DOÏL
dans le port, et s’enfuirent lâchement en vrais déserteurs. Plusieurs religieux, que l’attrait de la nouveauté avait engagé à suivre aux Indes le Père Boïl, ne pouvant se faire à un genre de vie qui ne leur était pas destiné, l’accompagnèrent dans sa honteuse désertion.
La première mission dans le Nouveau Monde fut stérile parce que celui qui la dirigeait n’était pas appelé d’en Haut, il n’avait point consulté Dieu. Il était venu parmi les sauvages sur l ordre de la Cour, comme à une mission diplomatique. Ce fait, au début de la Découverte, prouve que nul n’est prophète si Dieu ne l’a choisi, que le ministère de l’Évangile n’a pas été réparti à tous indistinctement. L’apostolat ne se confère point par nomination royale. Il faut une vocation spéciale pour une mission spéciale, exigeant des grâces exceptionnelles. Pendant que le Père Boïl n’avait éprouvé qu’ennui, sécheresse et dégoût de ses fonctions; que sans faire aucun bien il avait coopéré au mal, un pauvre moine Franciscain et un religieux de Saint 'J erôme qui étaient venus, eux, entraînés par une vocation véritable, en moins d’un an savaient déjà la langue la plus répandue d’Hispaniola, et éprouvaient la consolation de publier la gloire de Jésus- Christ , les dogmes de 1 Église parmi les différentes peuplades, en s’adressant aux chefs, aux Caciques eux-mèmes.
Nous dirons plus : la grâce évangélique n’avait pas été octroyée de Dieu au Pere Boïl. L’esprit de force et de veiite qui consacre 1 apostolat ne pouvait descendre sur ce Catalan diplomate-, car en réalité ce n’est point lui que le Chef de l’Église avait désigné comme son vicaire apostolique. La hardiesse de cette assertion pourra surprendre et sembler téméraire : nous la maintenons cependant. Nous devons à la vérité, à la dignité de l’Église, à la justice de l’iiistoire, d’éclaircir enfin ce fait singu-