HAINE DE FONSECA POUR LES COLOMD
lettre, le même jour, pour qu’il eût à complaire en toute chose au frère de l’Amiral, et l’engagea même à écrire à celui-ci en termes agréables qui effaceraient le souvenir de tout mécontentement.
Cette attention de la Reine pour le Vice-Roi des Indes ne fit qu’accroître la haine * que lui portait l’Ordonnateur de la marine. Il ne paraît pas qu’il eût suivi avec beaucoup d’empressement les recommandations de sa souveraine, car vingt-cinq jours après elle croyait devoir lui renouveler l’expression de sa volonté. A partir de ce moment, la haine de don Juan deFonseca contre les Colomb et tout ce qui s’y rattachait ne s’endormit plus. Tantôt sourde et dissimulée, tantôt imprudente et hautaine, elle combina tous les moyens de traverser la vie de l’Amiral, de s’opposer à sa gloire, de le forcer à consumer contre les obstacles qu’elle lui suscita, des années qui eussent sufli à découvrir tout le reste du globe.
Pendant longtemps, en Espagne, le titre épiscopal que portait si indignement don Juan de Fonseca l’a préservé de la sévérité de l’histoire. Les historiographes royaux, redoutant la censure, tout en étant forcés de révéler son aversion et même « sa haine mortelle » contre les Colomb, n’ont pas osé dévoiler sa conduite, et la flétrir de leur jugement. Quant à nous, la dignité ecclésiastique dont il profana le caractère ne saurait arrêter notre plume. Il convient de bien établir, pour l’honneur de l’Episcopat, quelle sorte d’évêque était l’Ordonnateur général de la marine. Il avait le titre d’Évêque-, mais sans être pasteur des âmes. Il s’appelait Évêque, mais sans en remplir les
* « Agriôse sin duda mas y mas el obispo por les ordenes que se le dieron â causa del oro detenido à D. Diego Colon, en la ocasion présenté significô un odio mortal contra el Al mirante..... ^ Munoz, IJ istot lü del Nuevo Mundo, lib. Vl, § 20.
PORTRAIT DE l’ÉVÊQüE FONSECA.
fonctions ; sans se soucier de son troupeau qu’il ne guidait jamais, qu il ne connaissait môme pas. Ne voyant dans 1 épiscopat qu’une dignité, appuyée sur des revenus, il échangeait, dès qu’il en trouvait l’occasion, son évêché contre un autre plus lucratif. Troquant l’évêché deBadajoz contre celui de Cordoue^ quittant l’évêché de Cordoue pour celui de Palencia^ abandonnant celui de Palencia aussitôt que possible, afin de passer à celui de Burgos^ puis du siège de Burgos montant à l’archevêché de Rosano ; et de la dignité archiépiscopale aspirant bientôt a un titre plus elevé ! Cet exemple de faveur, presque unique sous le règne d’Isabelle, toujours si scrupuleuse dans ses présentations pour l’épiscopat, fut le propre ouvrage du roi Ferdinand.
De sa nature, la Reine catholique ne pouvait avoir aucune prédilection pour don Juan de Fonseca. Le corps des Evêques espagnols est d’autant moins solidaire de la conduite de ce membre isolé, que ce prélat n’exista qu’à l’état nominatif. Il n’eut jamais l’autorité des œuvres , des exemples; jamais ses paroles, ses mandements n’édifièrent personne. Il ne monta point dans la chaire évangélique; mais demeura toujours cloué dans son fauteuil d’Ordonnateur général. Et sauf ses prises de possession, pendant lesquelles il recevait les hommages de son nouveau diocèse, d’où il s’éloignait dès le lendemain, on ne le
vit exercer aucune fonction pastorale. L’Épiscopat espagnol ne le réclame point parmi ses gloires. L’Église ne revendique pas l’Ordonnateur générai de la marine. Nous pouvons donc en pleine liberté dire notre sentiment sur don Juan de Fonseca, l’instigateur de toutes les injustices, de toutes les iniquités qu’eut à subir jusqu’à sa mort l’homme qui avait doublé la Création.
havori du roi Ferdinand, don Juan de Fonseca sut
PORTRAIT DE l’ÉVÉQUE FONSECA. 537
inoculer à son esprit sa malveillance. Le Roi , comme on le sait, n’avait voulu contribuer en rien à la Découverte. Il n’y prenait d’autre intérêt que l’espoir de rencontrer les mines d’or des Indes, afin de puiser dans le trésor de la Castille les sommes nécessaires à ses projets de conquête en Europe. Ferdinand, qui ne supportait pas aisément la supériorité, ne pardonna jamais à la gloire. L’évêque don Juan de Fonseca et ses courtisans, car sa faveur lui avait formé une cour, détestaient Colomb. Plusieurs grandes familles jalousaient la subite élévation de cet etianger. LOidonnateur general de la marine sut exploiter ces dispositions. Protégé par son titre d’Fvêque, Juan de Fonseca se plaisait à desservir les intentions de la Reine, quand elles pouvaient favoriser Colomb. Il était aussi 1 ennemi de Juanoto Rerardi, le riche armateur de Séville, parce que Rerardi, commerçant intelligent et probe, se montrait dévoué a Colomb, et que d’ailleurs l etendue de ses relations, son crédit sur toutes les places maritimes, ses ressources pour la fourniture des navires et des munitions de bouche obligeaient la Cour d’employer son intermédiare dans toutes les affaires des Indes, fonseca lui faisait essuyer mille dégoûts, lui suscitait des lifïîcultés, créait des retards; et ensuite, refusait de lui Dayer ses factures au prix convenu. 11 refusait même de ni remettre ces neuf Indiens que leur intelligence avait ait choisir par Colomb pour être interprètes, et qu’il ivait confiés aux soins de Juanoto Rerardi, dont la poncualité lui était connue. Une lettre des Rois à Juanoto, latée du 2 juin, contient la preuve de ces mauvais procélés, en même temps qu’elle révèle une certaine gêne en equi touche aux affaires de fAmiral h Un autre document,
' Colcccion dïplomdlica. — Ducument., u® xcix,