‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 291 sur 316 · LA FIN IGNORÉE DU PÈRE JUAN FEREZ MARCHENA · texte numérisé non relu

LA FIN IGNORÉE DU PÈRE JUAN FEREZ MARCHENA

senti le Nouveau Monde, la mission de son Révélateur, et coopéré par ses instances à sa Découverte' -, après avoir eu la consolation de contempler les merveilles du Créateur dans ces nouvelles régions, d’y offrir le premier le Saint- Sacrifice, d’assister aux grands spectacles de la Nature, il rentrait dans le calme uniforme du monastère, oublié des hommes mais vu de Dieu, qu’il servit fidèlement jusqu’à son dernier jour. Les archives du couvent de la Rahida qui renfermaient d’intéressants détails sur Colomb et le Père gardien Juan Ferez, ont été détruits malheureusement pendant les guerres de l’Empire. On sait seulement qu’à l’époque du procès des héritiers de Colomb contre le Fiscal, depuis plusieurs années déjà, le Père Juan Ferez de Marchena avait précédé son ami dans l’éternité.

Des écrivains qui ne sauraient comprendre le caractère éminemment chrétien de Colomb , n’ont pu expliquer l’habit religieux dont s’était revêtu l’Amiral, au retour de son second voyage. Washington Irving suppose qu’il se montra sous cet accoutrement pour accomplir quelque vœu fait dans le danger*. Mais d’abord il n’éprouva aucune tempête à son retour. On eut des vents contraires parce (ju’ils soufflaient vers les Antilles, mais réguliers, alternés par des calmes. Cette supposition est contraire aux faits ^ le récit d’Oviedo ne permet aucun doute sur la cause du costume qu’il prit*, il dit que ce fut par dégoût du monde par k peine qu’il ressentit de l’injustice commise envers

lui.

Las Casas, dans son Histoire des Indes^ dit avoir vu à

1 Washington Irving, Histoire de la vie et des voyages de Christo^ phe Colomb, liv. IX, chap. ii.

2 Oviedo y Valdez, la Historia natural y general de las Indias, lib. 11, cap. XIII.

COLOMIJ SE HENl) A LA COUU, A BURGOS. 559

Séville 1 Amiral vêtu à peu près cenime un moine Franciscain ^ Le curé de Los Palacios rapporte avoir reçu chez lui, à cette époque, l’Amiral ayant le cordon de Saint- François et un vêtement dont la coupe et la nuance rappelaient riiabit des religieux de l’Observance, comme c’était son habitude M. Alexandre de Humboldt reconnaît que c’était « par dévotion » qu’il se montra a dans les rues de Séville en habit de moine de Saint-François b )> C’est donc fort gratuitement que Washington Irving suppose un vœu qu’aucune circonstance ne motivait, et dont aucune relation ne parle.

' Cependant la lettre des Souverains arriva. Ils félicitaient l’Amiral sur son heureux voyage, et l’invitaient à se rendre auprès d’eux, dès qu’il serait assez reposé de ses fatigues. Ce message était conçu tout entier en termes bienveillants et honorables. Colomb se rendit aussitôt à Burgos, où se trouvait la Cour. Sur son passage, afin de combattre les préventions que les déserteurs de la colonie inspiraient centre la Découverte, il montrait les raretés qu’il rapportait : des masques d’or, des grains d’or, les Indiens qui l’accompagnaient ^ il faisait mettre au cou du parent de Caonabo une chaîne d’or du poids de six cents Castillans.

Quelles qu’eussent été les graves accusations portées contre l’Amiral, dès qu’il parut, la Reine oublia tout 5 et ne ressentit plus que l’attraction naturelle, l’intérêt mêlé de respect qu’inspiraient à son âme cet envoyé de la Providence. Son seul aspect était la réfutation de ses ennemis.

^ Las Casas, la Historia de las Indias, lib. I, cap. cii. Ms.

^ Andres Bernaldez, Historia de los Reyes catôlicos, cap. vji. Ms.

^ Humboldt, Histoire de ta géographie du Nouveau continent, 1. 1,

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