‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 300 sur 316 · CONSEIL PIEUX DU LAPIDAIRE · texte numérisé non relu

CONSEIL PIEUX DU LAPIDAIRE

« Pourtant il est très-sûr que, dans un but semblable au (( vôtre, Seigneur, le Prince de la milice apostolique vint à (( Piome, et que ses coopérateurs, ces vases d’élections ! (( s’en allèrent de par le monde s’exténuant, harassés, (( leurs sandales usées, leurs tuniques trouées, leurs corps (( amaigris par les dangers, les privations, les fatigues des (( voyages durant lesquels souvent iis mangèrent un pain « d’amertume ' . )>

Don Jaime Ferrer déclare au Révélateur du Globe qu’il doit s’attendre aussi à des souffrances, à des épreuves, ces marques d’élection et de prédilection céleste.

Sa franchise catholique, sa droiture d’intention, enhardissent le lapidaire de Burgos jusqu’à donner un pieux conseil à 1’ Ambassadeur de Dieu, et à le mettre en garde contre l’humaine faiblesse. Il lui dit qu’après ces grandes choses, quand parfois il repassera en son esprit les résultats de son glorieux ministère , il ait à s’agenouiller comme le prophète incliné sur sa harpe, et à s’écrier du fond du cœur : « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre seul Nom , donnez la gloire. » Non nobis^ Domine y non nobisy sed no mini iuo da gloriam Cette courageuse recommandation d’humilité nous paraît toute une révélation de l’ame du lapidaire : on reconnaît

* On reconnaît dans cette censure de la mollesse du cardinalat sous le pontificat d'Alexandre VI, la rigidité d’un pur catholique, la liberté frondeuse d’un large esprit, au milieu d’une foi pleine de soumission. On voit aussi que, fort de son attachement à l’Église, le lapidaire de Burgos ne paraissait guère s’inquiéter de l'Inquisition d’Espagne.

2 « Y si deste oficio vuestro glorioso el anima vuestra algunas veces « se alza en contemplacion, a.sentase â los pies del gran profeta, y con « alta voz cantando al son de su arpa, diga : ISon nobls, Domine, non nobis, sed nomini tuo da fjlorïam. » — - Coleccion diplomâtica. Appendiçc au n° lxiu.

IL engage: COGOMli A POUnsUlVGE SON d^JVKE. 5G1)

bien à ce trait, le chrétien admirable s’adressant au chrétien qu’il admire.

Don Jaime Ferrer, continuant sa lettre, ajoute : « Sei- « gneur, il est tres-sùr que, par leur nature, les choses « temporelles ne sont ni mauvaises ni opposées aux « choses spirituelles, quand on sait en bien user et selon « la fin pour lesquelles Dieu les créa. » Partant de ce principe, il engage le Révélateur du Globe à poursuivre ses découvertes, et l’assure que les grandes choses matérielles qu’il découvrira tourneront au service de Dieu comme <à l’avantage de toute la chrétienté.

C’est seulement après ces considérations morales que le lapidaire de Burgos arrivant à l’objet de sa missive, dit au Vice-Roi des Indes : « La Reine m’a ordonné d’écrire cà Votre Seigneurie, etc. » La fin de cette lettre n’est pas indigne de son début; on sent que son auteur est pénétré d’une vénération quasi religieuse ; qu’il croit parler à un saint, a un apôtre, au Ministre de la Providence.

De ce fragment épistolaire qu’il nous a fallu tronquer, résultent plusieurs remarques à constater ici ;

1° Le caractère surhumain du rôle de Christophe Colomb est affirmé par le plus savant cosmographe de cette époque, l’esprit le plus richement cultivé et l’un des plus sincèrement catholiques de l’Espagne.

2® Trois ans avant la Découverte du Nouveau Continent^, et tandis que le premier essai de circumnavigation tenté par Colomb était encore ignoré en Castille, Jaime Ferrer le considérait déjà comme réalisé.

3® Le lapidaire de Burgos est le premier laïque qui ait

^ La découverte de la Terre ferme fut faite le aoiït 1498 par don Christophe Colomb ; et don Jaime Ferrer lui avait écrit, pour la première fois, le 6 août 1495.

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