INDULT DES ROTS POUR FORMER DES COLONS
Dans cette extrémité, grâce aux préventions que les ennemis de l’Amiral avaient répandues contre les Indes, on fut réduit à chercher dans les prisons et les galères des recrues pour Hispaniola.
Les Rois publièrent un induit pour tous les sujets coupables de quelque crime ou délit, à la condition de servir à Hispaniola pendant un certain temps. On peut juger de la force des préventions contre cette colonie, puisque les • condamnés à mort, en y passant seulement deux ans, étaient graciés^ et qu’une seule année de séjour y rachetait toutes les condamnations et les peines au-dessous du dernier supplice. Ainsi, sauf les cas d’hérésie, de lèsemajesté, d’incendie et de fausse monnaie, tous les escrocs, les parjures, les faussaires, les voleurs, les meurtriers pouvaient en allant à leurs frais à Hispaniola, revenir au bout de ce temps en Castille, pleinement réhabilités MJne lettre patente, adressée à tous les officiers de justice, leur ordonnait de conduire tous les condamnés au bannissement et aux travaux forcés à l’Assistant de Séville, qui avait " charge de les consigner et faire remettre à l’Amiral quand il serait prêt pour l’embarquement ^ En même temps Isabelle ordonna de faire des nolis à des prix modérés. Elle accorda à l’Amiral la faculté de répartir entre les colons les terrains propres à y former des établissements, sous certaines conditions. Ce fut alors que la Reine, instruite des propos du Père Roïl, de Pedro Margarit et des cavaliers aragonnais qui se croyaient indépendants à Hispaniola, parce qu’ils n’étaient pas sujets de la Castille, fit défense à quiconque n’était pas né dans ses États de passer
^ Indulto à todos los subditos, — Registrad. en el sello de Gorte en Simancas. — Coleccion diplomàticà, n® cxx.
* Publicada en el libre de Prâgmàticas, recopilada por Ramirez en 1603, fol. 170.
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aux Indes occidentales. Il paraissait juste que la Découveite ayant eu lieu aux frais de la Castille, cette couronne en recueillît seule les avantages, à l’exclusion des étrangers . Le public attribua cette mesure aux influences do l’Amiral.
Isabelle confirma la nomination de don Barthélemy Colomb, comme Adelantado des Indes. Toutefois le Roi ayant paru offusqué de cette nomination, qu’il prétendait être trop importante pour que l’Amiral eût pu la faire directement, sans demander l’agrément de ses Souverains, l’ordonnance nommait purement et simplement don Barthélemy Colomb, Adelantado des Indes à la date du 22 juillet, sans mentionner aucunement la nomination antérieurement faite par l’Amiral.
Cependant, malgré les bienveillantes dispositions de la Reine, manifestées dès le mois de juillet 1496, pour une nouvelle entreprise de découvertes, on était arrivé au mois de septembre 1497 sans que les bureaux de la marine à Séville eussent assuré les moyens de cette expédition. Colomb venait de passer un an entier à attendre, à solliciter le payement de la solde arriérée, due à ces hommes, dont la plupart l’avaient desservi et calomnié, mais qu’il plaignait et qu il protégeait par cela qu’ils avaient souffert. Les plus vifs soucis de l’Amiral ne provenaient pas de ces retards^ il s’affligeait surtout de la situation où était laissée la colonie dépourvue même de l’indispensable, et qu’il pressentait tombée dans un état pire qu’on ne l’avait dit; ce qui était vrai.
Bientôt un malheur public vint ajourner encore les préparatifs du départ.
Le prince royal, l’Infant don Juan, héritier présomptif
* Oviedo y Valdez, la Historia natural y general de las Indias^ libro 111, capit. vu.
MORT l)E l’infant DON JL’AN.
des deux couronnes de Castille et d’Aragon, accompagné de la princesse Marguerite, étant arrivé à Salamanque, la ville les reçut avec enthousiasme, et se signala par des fêtes éblouissantes. Mais le quatrième jour, l’Infant fut atteint d’une fièvre lente, symptôme d’un marasme dont la cause occulte mit en défaut toutes les ressources de l’art. Ses forces s’évanouissaient à vue d’œil. Le 4 octobre, le Jeune prince expira, montrant un courage héroïque; le roi Ferdinand ne put arriver près de lui qu’à l’heure de son agonie. Comme dans ce moment la Reine se trouvait absente, et tout occupée des fiançailles de sa fille aînée dona Isabelle, qu’à force d’instances elle avait décidée à épouser le roi de Portugal, on lui cacha ce fatal événement. La douleur des deux royaumes fut indicible tant elle était sincère. Grands et petits portèrent les livrées du deuil pendant quarante jours; des bannières noires furent mises à toutes les portes des villes. L’Espagne sentait comme une seule famille qu elle perdait un prince accompli. A cette occasion les peuples, pour la dernière fois, se vêtirent de serge blanche suivant l’antique usage'.
Le dominicain don Diego de Deza, le premier défenseur de Colomb devant la savante Junte, l’ancien précepteur de l’infortuné don Juan, occupait alors le siège épiscopal de Salamanque. Devenu l’ami et resté le père spirituel de son royal élève, il ne quittait pas son chevet; il assista à ses derniers instants. Ce fut dans sa cathédrale qu’on inhuma d’abord l’Infant. Mais l’àme aimante de Diego de Deza s’était affectionnée à son élève avec une tendresse vraiment paternelle. Il avait doué de ses propres qualités le fils delà grande Isabelle, lui avait infusé sa science;
‘ B Grandes y pequenos se vistiéron de xerga blanca, que fué laullfma vez que se usé esta mariera de luto en Castilla, » — Gil Gonzalès de Avila, Eisloria de Salamanca^ lib. III, cap. xix.
mort de L^INFANT don JUAN. 581
et il chérissait le Prince comme l’enfant de ses soins, de ses veilles, ayant mis en lui ses complaisances et sa prédilection. Son affliction fut telle qu’il ne pouvait retenir publiquement ses larmes, dont l’abondance l’empêchait de lire le missel, et de célébrer la messe. 11 ne put sfrésoudre a officier dans ce temple sous lequel reposaient les
restes humains du fils de son intelligence. On lui donna 1 évêché de Palencia.
Quant à la Reine, on sait combien ce coup affreux retentit dans tout son être. De ce jour data la ruine de cette fraîche santé que n’avaient pu altérer les fatigues de la guerre, les travaux du cabinet et les veilles de la cour. Mais Isabelle sut vaincre sa douleur, pour ne point négliger les intérêts de ses peuples.
Cependant, partageant les amertumes qui navraient le cœur de cette Souveraine adorée, et souffrant de sa peine, Cbiistophe Colomb eut le courage de garder le silence jusqu au 23 décembre. A cette époque, l’Amiral voyant l’impossibilité de vaincre la résistance passive des bureaux de Séville, au dire desquels on ne pouvait approvisionner les navires, à cause des prix excessifs que demandaient les marchands et du peu d’empressement qu’ils montraient à se charger des fournitui’es, se lit autoriser, concurrem-
ment avec l’évêque Fonseca, à fixer le prix des provisions et munitions destinées aux Indes; à chercher des fournisseurs d’après cette taxe; et à défaut de soumissionnaires, d’y pourvoir au mieux C
Ainsi apres dix huit mois de patience, le grand Amiral de 1 Océan, le Vice-Roi des Indes était réduit à courir lui même les boidiques pour acheter des haricots, des fèves,
‘ Cédula de 23 de diciembre 1497. — Colecoion diplomâUca, Dociimenlos, cxxiv.