IMPULSION LITTÉUAIUE PROVOQUÉE PAH ISABELLE
Les poètes des deux cultes faisaient échange d’iiarnionie. Tel troubadour musulinan s’inspirait d’une beauté catholique en renom, tandis ([ue maint rimeur baptisé sou[Hiait langoureusement ses vers, en riionneur du voile et des babouches de quelque invisible lille de Cadi ou d Aga.
Isabelle résolut d’éloigner ses peuples de cette conformité d’admiration envers les maîtres arabes, (d de rendre plus familière parmi les gentilshommes la langue du droit et de l’Église catholique, pour mieux retremper dans son élément primitif le caractère de la nation.
Il fallait d’abord mettre en honneur la science*, et ce n’était pas chose aisée. La noblesse, en général, regardait avec dédain les livres et méprisait l’enseignement, ne jugeant digne d’elle que les armes seules. La vivacité du sang, les préjugésde caste s’accommodaient mal du calme et de l’assiduité des études. Afin d’entraîner par l’exemple, la Reine s’appliqua au latin, et combla de faveurs dona Béatrix Galindez qui l’initiait à ses règles. Elle y fit de tels progrès, qu’en un an elle put entendre les sermons les thèses, être haranguée par des ambassadeurs et leur répondre dans la même langue, qui était alors celle de la diploipatie.
Le succès de la Reine anima les beaux esprits de la cour. L’ardeur de l’étude réchaulfa la veine des vieillards. Ceux qui ne pouvaient lire les classiques dans l’original cherchaient avidement des traductions. Ce fut ainsi que le grand Cardinal d’Espagne traduisit en espagnol : VÉnèide^ VOclyssée^ Yalère-Maxime et Salluste, pour les faire lire à son père, qui ne savait pas le latin. Diégo Lopez, de Tolède, traduisit les Commentaires de César ^ Alonzo de Ra-
1 « Per unius anni spatium tantum profecit, ut non suluin oratores intelligere , sed etiam libros interpretari facile poterat. » — Lucius Marineus siculus, De rebus /Jispaniæ memorahïLlbuSf lib, XXI.