‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 37 sur 316 · IMPULSION DONNÉE AUX LETTRES PAR ISABELLE · texte numérisé non relu

IMPULSION DONNÉE AUX LETTRES PAR ISABELLE

lencia, les Vies de Plutarque; l’archidiacre de Burgos, Juvénal et Dante; George de Bustamente: Justin, Florus, Héliodore; le père Albert Aguayo, les écrits de Boëce.

La Reine agréait avec faveur, pour l’encourager, les hommages de l’érudition. Elle accepta gracieusement les dédicaces que lui adressèrent Alonzo de Palencia, de sa traduction de Josèphe; Antonio Lebrija, de ses traités de grammaire latine et espagnole ; Rodrigo de Santaïlla, de son vocabulaire; Alonzo de Cordoue, de ses tables astronomiques. Isabelle ordonna au docte Diégo de Valera d’écrire l’Abrégé de l’histoire générale d’Espagne. Les gentilshommes maintenant, loin de désavouer le savoir, ne rougissaient plus que de l’ignorance.

Fernand Enriquez, don Fadrigue de Portugal suivaient le cours de l’Université à Salamanque, où montait dans sa chaire un cousin du Roi, don Guttierrez de Tolède, fils du duc d’Albe; tandis que don Fernandez de Velasco, l’héritier du grand connétable de Castille, expliquait Ovide et Pline devant un nombreux auditoire.

Les esprits moins sérieux se rejetèrent sur la poésie. Les ducs d’Albe, d’Albuquerque, de Médina Sidonia, les marquis de Vilena, de Velez, d’Astorga, les comtes de Benavente, de Castro, le vicomte d’Altamira, et même le corregidor de Tolède Gômez Manrique, vivaient ostensiblement dans la familiarité des muses.

La prévention contre l’aptitude littéraire des femmes ne tint pas devant l’engouement qu’excitait l’exemple de la Reine. Bientôt devenues par la science les rivales des grands seigneurs, de belles dames les primèrent hautement par la poésie.

Dona Lucia de Medrano commentant publiquement les classiques à Salamanque, balançait les succès de Francesca de Lebrija dont fUniversité d’Alcala admira la parole.

COUR d’isarellu. 1^5

Isabelle Vergara, dofia Maria Paclieeo paraissaient également disertes. La clironi(|iie de Jean Vaseus atteste qu’il existait alors un grand nombre de lémmes versées dans les littératures latine et grec(|ue, outni les célèbres somrs Louise et iVngèle Sigea. Angèle, latiniste élégante, initiée; à l’art musical, jouait de plusieurs instruments. Louise, au contraire, se bornait à la linguistiepie ^ mais y excellait au point d’adresser au pape Paul 111 une lettre en cinej langues. Le latin, le grec, l’hébreu, l’arabe et le syriaque lui étaient familiers.

loutefois ce que la Reine prisait plus haut que le savoir et les délicatesses de l’esprit, c’était la pureté, le sérieux des principes, la décence intérieure et l’éditication.

Elle fixa avec soin l’ordre des préséances^ réglementa l’étiquette^ en détermina les lois, les exceptions, et en imposa strictement l’observance. Sachant que l’exemple doit venir d’en haut, elle n’admettait dans le service de sa maison que des femmes d’une réputation plus pure que leur sang. Elle se composait un cercle de femmes d’élite qui, logées dans les dépendances du palais, nourries aux tables de la cour, travaillaient en commun pendant plusieurs heures, et dont la conversation formait le cœur, tout en ornant l’e^irit des jeunes filles de haute naissanci; quelle groupait autour d’elle pour faire, à leur insu, leur

éducation, et les marier, à leur gré, suivant l’occasion favorable.

Lue si habile économie distribuait le temps de la Reine, qu api es avoir présidé le conseil des Ministres, donné d('s audiences, révisé les procès, conféré avec les Ambassadeurs, tiavaillé avec ses intendants et secrétaires, satisfait aux exercices de pieté, surveillé l’éducation de ses enfants, Isabelle trouvait encore le loisir de coudre le linge du roi Ferdinand. Loin dedédaigner les travaux d’aiguilleens’en- I- 9

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