‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 39 sur 316 · CROISADE CONTRE LES MAURES · texte numérisé non relu

CROISADE CONTRE LES MAURES

dans sa sublimité. Ainsi elle cultivait les intelligences; elle humanisait les âmes, tempérait les rodomontades si habituelles au courage des Castillans, et si nuisibles à la sérénité des familles; elle accoutumait les esprits à la soumission; elle rendait l’autorité royale tellement équitable dans ses décisions et ses ordres, qu’en les exécutant le peuj)le semblait obéir aux décrets de la Justice elle-môme. La concentration des pouvoirs, la régularisation de la force et des moyens exécutifs imprimèrent â la royauté d’Jsabelle un caractère de puissance et de majesté jusqu’alors inconnu.

Isabelle voulait extirper de l’Europe le Coran, qui fîorissait depuis des siècles enclavé dans ses États. Toutefois, avare comme une mère du sang de ses sujets, elle n’aurait point la première engagé les hostilités, sans une nécessité absolue. Mais, aveuglés par l’orgueil, les Maures tramèrent eux-mêmes leur perte.

Après avoir demandé la prorogation d’une trêve depuis longtemps expirée, tout à coup, sans dénonciation de rupture , les Arabes traîtreusement enlevèrent par surprise la place de Zahara. Cette perfidie d’agression ne resta pas impunie. La prise d’Alhama, aux bains magnifiques, répondit bientôt à ce défi sauvage. Dès ce moment la guerre se poursuivit intermittente, accidentée, irrégulière, comme le sol et le climat de ces contrées. Isabelle s’était promis, puisqu’on la forçait à prendre les armes, de ne les déposer qu’après avoir rejeté le Croissant hors de la catholique Espagne. Elle se munit d’une nouvelle armure, qu’on voit encore aujourd’hui à l’arsenal de Madrid. Son épée, plus longue que celle de ses campagnes

Page 1