‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 40 sur 316 · CROISADE CONTRE LES MAURES · texte numérisé non relu

CROISADE CONTRE LES MAURES

contre le Portugal, plus riche aussi, à pommeau et garde dorés, s’enfermait dans un fourreau de velours bleu clair, brodé d’argent. Son monogramme ornait son casque: et un gracieux dessin de fleurs couvrait ses brassards, sa cuirasse et ses bottes d’acier poli.

Avant d’ouvrir la campagne , Isabelle demanda les prières de l’Église-, car le vrai but de cette guerre était le triomphe social de la Croix. Cependant, au lieu d’imiter les levées en masses des anciennes croisades, et de précipiter, à la fois, les populations chrétiennes contre les populations musulmanes, sa prévoyance redouta l’excitation du fanatisme, Tencombrement des multitudes, les désordres du zèle non discipliné , l’abandon des travaux agricoles. L’humanité de la Reine désirait épargner le sang^ son prosélytisme sauver les âmes, et non pas exterminer la race. Son génie conçut un plan de guerre tout féminin, où la patience, l’habileté et la valeur personnelle devaient, suppléant au nombre, éviter une énorme consommation d’hommes, et assurer le succès final de ses armes. Il consistait à profiter des rivalités intestines de l’ennemi, en divisant ses intérêts-, à Taffaiblir peu à peu en lui enlevant successivement toutes ses places fortes, afin d’isoler complètement Grenade avant d’attaquer à découvert cette fière cité, orgueil de l’islamisme en Occident.

Le plan d’Isabelle était surtout de paraître n’en pas avoir, et de ne point formuler son système de guerre. Seulement, dans l’intimité, elle disait avec finesse en jouant sur les mots : « C’est grain à grain qu’on mange la (( Grenade * . »

* « Grano à grano se ha de corner la granada. »

PORTUAIT d’ISABELLE.

§ VI

En voyant de telles choses s’accomplir sous Tunique inspiration d’une femme, Timaginatîon demande, im|)atiente, à posséder l’idée de sa personne. Tl nous sera possible de la satisfaire . Heureusement les documents abondent, et des détails précis nous ont été légués par des gens de sa cour.

La stature de la Reine était d’une grandeur moyenne mais admirablement proportionnée à ses membres et à ses traits. L’indicible élégance de sa forme semblait se détacher du sol. Sa taille souple et ferme dérobait sa force sous la grâce. La seule noblesse de sa pose trahissait sa nature; sa démarche révélait son autorité. Ses cheveux lins, longs et d’un blond ardent avaient un grand éclat. Sa peau, d’une blancheur mate, s’animait au visage de fraîches carnations. Ses veux olTraient cette rare nuance qui de l’azur passe au vert transparent L l^a limpidité de son regard, qu’éclairait sa finesse de pénétration, jetait une pure lumière sur le modelé de ses joues, restées vermeilles malgré ses travaux de Reine et les fatigues de sa maternelle fécondité. Ses lèvres chastement closes cachaient la perfection de ses dents. De chaque côté de sa tempe, des nattes luisantes couvraient à demi son oreille assez grande, mais d’un enroulement délicat et finement correcte. La sérénité de son âme respirait dans la grâce pudique de ce galbe, où la vigueur de l’expression s’unissait à la suavité de la forme.

Cette beauté ne tenait ni aux lignes des traits, ni â l’éclat du teint, mais provenait de la pureté de l’ensemble si

‘ « Muy blanca y ruvia, los ojos entre verdes y aziiles. » — Hernando del Pulgar, Clironica dt los Rajes Catàllcos, cap. xxiii, fol. 18.

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