CHAPITRE rv
Le couvent des Franciscains à la Rabida. — Doutes cosmograpliiques du Père Gardien Juan Ferez de Marcliena. — Arrivée fortuite de Colomb à ce monastère.
Hospitalité qu’on donne. — Amitié qui s’établit entre Colomb et Juan Ferez de Marcbena. — Le Père Gardien le recommande au confesseur de la Reine.
A une demi-lieue de Paies, en vue de l’Océan, s’élève un promontoire rapide et sec, jadis entouré d’une ceinture de vignobles parsemés de figuiers, et dont le sommet se couronnait d’un bois de pins à forme ombellifère. Pareil au nid de la colombe dans les cyprès, un monastère, caché par la forêt, élançait son clocher par-dessus la cime murmurante des arbres, d’où s’exhalait une senteur dont l’arome salutaire allait s’unir au parfum du thym et des lavandes qui poussent à leurs pieds.
Ce monastère, qu’habitaient alors des religieux de Saint- François, était dédié à la Vierge. Il s’appelait Santa-Maria de la Rabida. Il fut construit sur les démolitions d’un de ces temples que le paganisme aimait à ériger dans les bocages sacrés et les hauts lieux. Le batiment, tout badigeonné de chaux à la mode arabe, n’offrait aucune unité de style. On voyait qu’il avait été agrandi à diverses époques suivant les besoins, sans souci de la symétrie et de l’architecture 5 l’enceinte renfermait deux cloîtres intérieurs, une chapelle à portail de forme ogivale, et un jardin, où les jasmins moresques s’allongeaient parmi les pampres de la treille qui festonnait le promenoir d’été, liordé de citronniers et de romarins.
LE PÈUE JUAN PEKEZ DE MAUCIIENA.
De la toiture du couvent, dont la coupole, entoiiree d’une rampe en maçonnerie, avait autrelois pu sei vii d observatoire, le regard embrasse du cote d(î la terre un large horizon. Des plaines qu’arrose le (nia(lal([uivir, il s’étend aux montagnes du Portugal, dont latiuadiana, en tiac^aiit la frontière, baigne les soubassements^ et peut compter les nombreux cours d’eau et les bourgs de la province d’IIuelva, tandis que du côté de la mer, sa portée s’épuise dans l’immensité de l’azur.
En juillet 1485, était préposé à ce couvent comme Père Gardien , un bomme envers lequel ses contemporains furent coupables d’ingratitude, mais qui ne saurait être oublié dans notre histoire.
Assujetti de cœur à la règle de son institut, ce religieux offrait à sa communauté l’exemple d’un parfait disciple de Saint-François. Il était un sujet d’édification, et le renom de sa piété avait dépassé les murs de clôture de la Rabida. Il s’était vu tout à coup appeler à la Cour. La reine Isabelle avait parfois requis son conseil^ elle le prisait si haut, qu’elle avait voulu faire plonger dans sa conscience le regard pénétrant de ce moine. Il fut son confesseur-, mais le bruit de la Cour ne put être supporté par l’humble Franciscain. Ce moine n’aspirait (ju’à la placide régularité de son cloître -, ses instances lui obtinrent enhn d’y rentrer. LaReine ne l’estimait pas seulement comme religieuxd’une sainte vie, comme guide spirituel et grand théologien ^ elle honorait sa modestie qui ne pouvait pourtant dérol)er entièrement sa science^ elle le tenait pour habile astronome ^ et excellent cosmographe. Le témoignage ([u’elle rendait
1 « Porqae es un buen estrôloguo, y sioniprc nos parécio que, elc. »
Lettre de la reine Isabelle à Christophe Colomb, du 5 septembre
H93. Documentos diplomaticos, n® lxxi.
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