SES DOUTES COSMOGRAPHIQUES
phare, sa pensée brillait solitaire sur cet escarpement. Durant le jour, aux moments (|ue ne reclamaient [loint les offices du chœur, il remontait au môme lieu de ses jiéiié-
trantes ethardies intuitions dont nul, peut-être, dans toutes
les Espagnes ne se doutait alors. A 1 as[)ect des vagues s’allant perdre dans un lointain insaisissable, vers l’occident, il se demandait si par delà ces espaces, que n’avait jamais franchi aucune voile, s etendait réellement l empire de la MER TÉNÉBREUSE, ce formidable Océan, ainsi nommé à cause des ténèbres et de l’obscurité (pii voilaient sa nature, sa profondeur, ses limites insondables.
Ce doute indiquait déjà un progrès.
La croyance des cosmographes était singulièrement confuse au sujet de la mer ténébreuse. Les uns assuraient qu’en continuant à voguer vers l’ouest en droite ligne pendant trois ans, on n’atteindrait pas encore le ii\age. D’autres disaient que les flots de la mer ténébreuse se continuaient à l’infini, et qu’elle était sans bords. Suivant ses divergences d’opinion sur la forme de la Terre, chaque maître de géographie variait de système touchant la MER TÉNÉBREUSE-, mais le Père Juan Ferez de Marchena, sans se laisser imposer par les géographes arabes et les pilotes renommés, se demandait si par delà ces ondes, il n’y avait point des terres inconnues aux Chrétiens. Sa sollicitude pour le salut des peuples qui ignoraient le Christ, le désir de voir le saint nom de Jésus béni chez toutes les nations, le ramenaient sans cesse à cette question : N’y a-t-il rien par delà cette étendue ?
Toujours ses pressentiments lui donnaient une réponse affirmative. Indépendamment de ses connaissances théoriques, le Gardien de la Rabida, par ses fré(pients rapports avec les marins de Palos, petite ville aujourd’hui abandonnée, mais à cette époque le centre de relations lointai-