‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 45 sur 316 · CHRIST. COLOMB ARRIVE CHEZ LES FRANCISCAINS · texte numérisé non relu

CHRIST. COLOMB ARRIVE CHEZ LES FRANCISCAINS

lies,, se trouvait fort au courant des expéditions des Portugais sur la cote occidentale de l’Afrique, et instruit des découvertes qui avaient eu lieu aux Açores et au cap Vert.

11 dominait la croyance vulgaire des hommes de mer de son voisinage.

Ln jour, pendant que vaquant aux occupations de sa charge il passait près de la loge du frère portier, il aperçut au parloir extérieur Garcia Hernandez , le médecin de la communauté, venu de Palos, regardant avec surprise un voyageur qui, arrivé à pied accompagné d’un petit enfant, en ce lieu si écarté de la route, demandait au frère portier un peu d eau et de pain pour son hls. Le Père Gardien remarqua l’air de distinction de cet homme contrastant avec son dénùment. Reconnaissant à son langage qu’il était étranger , il se sentit pris d’une curiosité mêlée d’intérêt, et lui demanda d ou il venait, où il allait. Le voyageur lui répondit très-simplement qu’il venait d’Italie, et qu’il allait à la Cour voir les Rois, afin de leur communiquer un projet important. Le Père Gardien engagea l’étranger à entrer

dans le cloître pour s’y reposer un peu, ce que celui-ci accepta.

Ce voyageur était Christophe Colomb.

Comment se trouvait-il amené dans ce monastère.^ C’est ce que personne ne saurait dire.

En quelque lieu qu’il fût débarqué, soit au Port-Sainte- Marie, soit a San-Lucar de Rarrameda, soit a la Higuerra, ou à Palos même, sa présence au monastère de la Rabida ne s explique pas naturellement. Ce couvent, alors complètement cache dans les pins et visible seulement du côté de la mer, se trouvait hors de la droite route que devait suivre Colomb pour atteindre Huelva. Ce n’est qu’en s égarant qu il avait pu y arriver. Il y avait été nécessairement amené par un de ces hasards, calculés admirable-

ACCUEIL DU DÈUE GAUDIEN.

ment, qui nous révèlent raciion d’iinc puissance supérieure devant laquelle nous nous prosternons.

En ce moment Colornh n’allait pas, comme on l’a tant répété, à Iluetra voir son heau-lrère P(*dro (><01 hm, 1 ancien gouverneur de l^orto-Sanlo * ^ mais a Iluelva chez un Espagnol obscur, nommé !Muliar, (jui avait epous(î la plus jeune sœur de sa femme et a kupielle il aurait sans douUi contié son enlant pendant la poursuite de ses instances à la Cour de Castille.

Assurément , si la manière dont (^diristopbe Colomb aborda en Portugal fut poéti([ue et romanesipie, la laçon dont la Providence l’assistait à son débaripiement en Espagne n’est pas moins merveilleuse. Ouand il arrive sans protection, sans recommandation aucune, destitue de tout appui, dans un pays dont il ne sait pas même encore la langue^ la bonté divine l’adresse a l bomme le mieux préparé à ses idées, le plus digne de le comprendre et de le conlirmer dans sa mission.

Sous la bure qui couvrait sa poitrine, Juan Perez de Marcbena cachait un patriotisme généreux. Ni l’àge, ni la science, ni les austérités n’avaient rétréci son cœur. Son àme expansive conservait des impressions pleines de fraîcheur et de vivacité. Elle se ressentait de cette permanente jeunesse de la vertu que le temps ne saurait atteindre. Il accueillit fraternellement l’étranger vers leituel

^ Sans exception, tous les biographes de Colomb ont ignoré l existence du modeste Muliar; et, comme Washington Irving, ont pris cet obscur citoyen d’Huelva, pour son autre beau-frère, le Portugais Pedro Correa, ancien gouverneur de Porto Santo, personnage important.

* Ceci est positif : « Iba derecho de esta villa a la villa de Ilueha, para fallary verse con un su cunado, casado con hermana de su muger é que d la sazon estaba, é que habia nombre Muliar. » Pleylo, l tobanzas heclias por cl Fiscal dcl Rey. Pregunta 13. Supplem, primer, â la Culeceion diplom., n'^ l\i\.

loz CHRISTOPHE COLOMB CHEZ LES FRANCISCAINS.

le portait une subite attraction. Une sorte d’intimité s établit aussitôt entre eux, car déjà préexistait à leur rencontre la plus étroite association d’idées qui puisse réunir deux intelligences.

Le Père Gardien, après les premières confidences de Colomb, l’engagea à séjourner auprès de lui, le moment

n étant pas favorable pour soumettre immédiatement son projet à la Cour.

On a prétendu que, se méfiant de son propre jugement, le Père Juan Perez avait envoyé chercher un savant de ses amis, ce même Garcia Hernandez, médecin de la communauté, résidant à Palos, fort versé dans les mathématiques, et que le projet de Colomb fut discuté entre eux dans plusieurs conférences; qu’après l’avoir reconnu rationnel, l’on décida qu’il serait exécuté. C’est là une erreur qu’a démentie authentiquement le propre témoignage du médecin Garcia Hernandez dans une déposition judiciaire Entre Colomb et son hôte, personne n’intervint.

La confiance du Père Juan Perez fut spontanée et complète, parce que la démonstration était péremptoire ; parce que la grande mission de cet étranger se révélait à lui; parce que le Franciscain possédait cette rare lumière du cœur qui éclaire les grandes questions, et sans les discuter les décide. Ses connaissances cosmographiques lui suffisaient à apprécier le système cosmique de cet homme que lui envoyait la Providence.

Il écouta, il comprit et il crut.

Ainsi, dans ce paisible couvent de Franciscains, la con-

' Garcia Hernandez lui-méme a fixé .la date de cette conférence, par cette circonstance qu’à son issue, i’on envoya le pilote Sébastien Rodriguez au camp de Santa-Fé, ce qui eut lieu dans l’hiver de 1491 ; six

ans après l’époque fautivement indiquée par Washington Irving et ses imitateurs.

ception la plus large de riiumauité fut développée par le génie, accueillie par rentliousiasme. Dans ce couvent l’on crut d’une foi implicite et soudaine à la sphéricité de la Terre, à l’existence d’îles et de continents ignorés, et à la possibilité d’y parvenir, alors que dans toutes les académies, les collèges, les universités on eût regardé ces idées comme le songe d’un malade.

Colomb devenu l’hôte des Franciscains, dégagé des soins de la vie matérielle, n’ayant plus à gagner le pain du jour, put donner tout son temps aux affaires de l’âme, à la contemplation des choses divines. Là il travailla à son perfectionnement intérieifr. Il voulait par la prière, la pureté, devenir moins indigne d’accomplir l’œuvre immense dont il se sentait chargé. Ayant ses libres entrées à la bibliothèque du couvent, il put s’initier aux Saintes Ecritures, compulser les auteurs ecclésiastiques, les paraphrastes, les commentateurs. On sait qu’il avait étudié saint Jérôme, saint Augustin, saintAmbroise, saint Isidore, qu’il connaissait Scot et Nicolas de Lyra, etc. Indubitablement ce fut là qu’il acquit cette connaissance variée des œuvres théologiques dont il fit preuve depuis lors. Nous sommes fondés à dire que les travaux de l’Ange de l’école et du Docteur Séraphique, les questi^s noblement spéculatives de la métaphysique et de la morale, ne purent détourner son esprit d’une recherche moins haute et plus pratique, l’étude vulgaire de la vie des Saints. Il s’attachait à considérer les exemples de ces hommes qui avaient diversement servi Dieu : ceux-ci avec une humble constance et un héroïsme obscur, ceux-là avec l’éclat du génie et de l’illustration^ les uns et les autres également précieux aux yeux du Seigneur, et honorés dans son Église. Tout homme du monde qu’il était alors, il aspirait du fond de son cœur à célébrer la gloire de Jésus-Christ. Se péné-

trant des clartés divines dont les Saintes Écritures illuminent 1 entendement du fidele sincèrement soumis, Colomb ne se borna pas à compulser la bibliothèque. Il vécut de la vie cénobitique, associé aux études et aux méditations du Père Gardien, aux offices et aux repas de la communauté; il connut l’esprit de saint François. lien affectionna l’ordre, la règle et l’babit.

A son tour, dans Christophe Colomb, le Père Juan Perez aima l’homme comme déjà il admirait lecosmographe le poète, le génie supérieur. Nous n’hésitons pas à le dire: d l’aima d’autant plus qu'étant son confesseur, il lui fut donné de voir à nu cette foi demeurée pure et candide, malgré les hardiesses de l’érudition et les curiosités de 1 esprit. II put contempler, liice à face, cette pensée plus vaste que le monde, humblement inclinée aux pieds du juge ayant pouvoir de délier et d’absoudre. Comme Prêtre ayant lu clairement dans les profondeurs de cette âme qui, sans le savoir, dévoilait sa beauté en décou vrant ses fautes au tribunal de la pénitence, il admira tant de génie uni à tant d’humilité. II s’étonna de la grandeur de cet homme . Ignoré, en qui les hautes qualités s’étaient associées avec une telle harmonie qu’elles semblaient n’en former qu’une seule, par excellence, celle que nous appelons la Vertu. Le Franciscain reconnut dans Christophe Colomb la marque d’une élection providentielle. C’est pourquoi il s’intéreæa à sa destinée, et s’y attacha d’un dévouement qui ne hmt qu’avec lui-méme.

Au moment où Colomb dut quitter le monastère de la Rabida, le Père Juan Perez lui procura une petite somme d argent, et lui remit une lettre de recommandation pressante pour un homme important à la cour, le prieur de Prado, confesseur de la Reine, dont la bienveillante médiation lui vaudrait, disait-il, un accès facile et un accueil

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