CH.\PITRE PREMIER
Fixation de l’époque réelle et du lieu de la naissance de Colomb. — Condition de sa laniille. Son enfance, son éducation. — Ses premiers services de mer. — Sou abordag[c fortuit du Portugal.
La nuit s’est faite sur le berceau de Christophe Colomb. Une nébuleuse auréole entoure le secret de son origine. Sa genealogie reelle, sa véritable patrie, la date exacte de sa naissance, objets d’interminables débats, sont encore mis en discussion à l’heure présente , sans (ju’aucim des nombreux écrits relatifs à cette question l’aient enlin élucidée. L’auteur du livre le plus populaire qui ait paru sur Christophe Colomb, l’Américain Washington Irving , débute par ces lignes : « On ne sait rien de certain sur les premières années de Christophe Colomb. L’époejue , le lieu de sa naissance sont enveloppés d’une ée;ale obscurité.
C2 date de la naissance de CHRISTOPHE COLOMB.
Ses ancêtres ne sont pas mieux connus. Et telle a été la stérilité fatigante des commentateurs, qu’il est difficile de découvrir la vérité, au milieu du dédale des conjectures qui l’entourent. »
Et après ces mots, au lieu de s’efforcer, de procurer à ses lecteurs un fil historique pour les tirer de ce labyrinthe de perplexités, il ne fait lui-même à son tour qu’aggraver leurs embarras, en augmentant leur incertitude.
Quant à nous, l’obscurité que des causes multiples ont fait mystérieusement incuber sur les commencements de l’homme qui doubla notre globe, ne nous semble point impénétrable. Dès qu’on s’est dégagé tout à fait des prétentions rivales des familles, des villes et des provinces qui réclamèrent l’honneur de lui avoir donné le jour, on parvient à reconnaître avec certitude l’origine de celui dont la destinée fut sans égale au monde. Tâchons donc d’établir définitivement l’époque et le lieu de cette naissance, aux résultats si grands pour l’univers.
C’est par la date de la mort de Colomb qu’on arrive à préciser celle de sa naissance. On sait qu’il mourut à Valladolid, le 20 mai 1506, à fâge de soixante-dix ans. Il était donc né en 1435.
D’après l’histoire manuscrite du véridique chroniqueur des Rois catholiques, don Andres Bernaldez, curé de Los Palacios, qui avait reçu chez lui l’Amiral des Indes, et vu de ses yeux ses notes et ses cartes, Christophe Colomb dut naître vers 1435 V. Cette date coïncide parfaitement avec celle qu’a aussi désignée le savant auteur de VHisioire ecclésiastique de Plaisance^ le chanoine Pietro- Maria Campi ^ C’est à peu près celle qu’assigne également à sa
^ Andres Bernaldez, ifïstona de los Reyes catôlkos. Ms., cap. 118. * Campi, Dtscorso historico circa la Ratria e la nascîta di Cristo^
LIEU DE LA NAISSANCE DE CimiSTOPHE COLOMD. G3
naissance, le dernier descendant des Colomb de Cuccaro, monseigneur Luigi Colombo , dans Touvrage ([u’il vient de publier à Rome C Cette date de 1435, adoptée aussi par Navarrete, était celle r[u’avait déjà reconnue le comte Galeani Napionc. C’est la seule qui soit indubitable. Elle est d’ailleurs en exact rapport avec les événements principaux que mentionnent ses historiens -, aucun fait ne la contredit-, aucun document ne l’inlirme -, toutes les circonstances attestent sa sincérité. Tl est donc légitime de la poser comme le point fixe du départ de nos investigations.
Quant au lieu delà naissance de Colomb, nous ne comprenons pas qu’il ait pu être si longtemps contesté, et si vivement débattu. La forme dubitative employée jusqu’ici à ce sujet a le droit de nous étonner. Il est temps de remplacer cette hésitation par une aflirmation précise et péremptoire.
CHRISïOiniE COLOMB NAQLIT A GÊNES.
Telle est la vérité.
Qu’importent les prétentions de Cuccaro dans le Montferrat, de Pradello dans le Plaisantin, d’Oneglia, de Einale, de Boggiasco, de Quinto et Nervi dans la rivière de Gènes? En vain le petit bourg de Cogoletto s’obstine-t-iN à étaler, aux regards du voyageur, l’inscription qui lui décerne le titre de patrie de Christophe Colomb ^ nous n’avons pas à nous préoccuper de ees amours-propres de clocher, et des discussions plus ou moins érudites par lesquelles Savone aussi a réclamé cette gloire. Aucune de ces discussions n’a prouvé que Christophe Colomb naquit hors de Gènes ^ et plusieurs des documents, produits du-
foro Colombo^ scopritore dcl Mondo Nitovo. — Dans le Iroisièiiie volume de VHlstolre ecclésiastique de Plaisance.
^ Mgr Luigi Colombo, Patria e biografia dcl grande Ammira^lio D, Cristoforo Colombo, etc,
rant leur cours, laissent voir qu’il était Génois. Il n’est plus permis de douter de ce fait, devenu patent et irrécusable, tant sont nombreux et concluants les divers ordres de témoignages sur lesquels il repose.
^ Les amis de Cbristopbe Colomb : le curé de Los Palacios, 1 evêqued Hispaniola, Alessandro Géraldini, ses contemporains ou compatriotes Agostino Giustiniani, évêque
deNebbio, en Corse; BartbolomeoSenarega,AntonioGalIo,
Uberto Foglietta, plus tard Casoni, tous de Gènes et historiens de leur patrie ; Giovanni Battista Bamusio , Girolamo Benzoni, Giulio Salinero, Tiraboscbi, Luigi Bossi, Spotorno, etc.; les historiographes d’Espagne : Herrera, dont l’exactitude est si reconnue ; Munoz, dont l’érudition est si judicieuse, môme l'historien portugais Joam de Barros, qu’on peut dire l’ennemi posthume de Colomb, s’accordent à le déclarer de Gênes. A ces attestations il sulFirait de joindre celle du vieux Dominique Colomb, pere de 1 Amiral, qui, dans quatre actes authentiques, passés à Savone, entre l’année 1470 et l’année 1491, se dit lui-même de Gênes '. Nous pourrions aussi rapporter le contrat d’apprentissage, reçu à Savone par le notaire Ansaldo Basso, le 10 septembre 1484, dans lequel Giacomo, le plus jeune frère de Christophe, était déclaré citoyen de Gênes, bien qu’il habitât Savone depuis sa tendre enfance % si nous ne voulions , pour dissiper tout scrupule en cette question , produire un dernier témoignage,
' Acte du 12 février 1473, par-devant M® Thomas del Zocco. — Acte du 4 juin 1473, par-devant M® Pietro Corsaro. — Acte du 17 août 1484, par-devant M« Ansaldo Basso. — Acte du 17 novembre 1491, par-devant le même.
2 Aiino Domiiû mcgccdlxxxiv, die decimo septembris, « Jacobus de Colombo, Dominici civis Januæ, sponte et dédit et locavit se, pro famulo et discipulo cum Luchino Cadamartori præsenti, et per menses vigintiduos ad addiscendum, etc. — Ansaldo Basso, notavo in Savona,