‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 6 sur 316 · LIEU DE LA NAISSANCE DE CHRISTOPHE COLO^ID · texte numérisé non relu

LIEU DE LA NAISSANCE DE CHRISTOPHE COLO^ID

dont nul ne contestera

rautorité décisive : celui de Chris-

tophe Colomb en personne.

Dans l’acte d’institution de Majorât, fait le 22 février 1498, au profit de sa descendance, le grand amiral de rOcéan, vice-roi des Indes, dit en propres termes, qu’il est né à Gênes : « Siendo yo nacido en Genova-, » plus loin, il recommande à ses héritiers de favoriser, sans nuire à la couronne d’Espagne, tout ce qui sera à l’hon-

neur et à l’accroissement de Gênes, ville noble et puissante sur mer, « Ciudad noble y poderosa por la mar. » il explique cette prédilection en disant encore : c’est de là que je suis sorti, et c’est là que je suis né « délia sali, y en

ella naci ^

Une affirmation si nette et si explicite dans son laconisme met fin à toute hésitation, et n’admet aucun commentaire. Nous devrions donc passer outre. Toutefois,

pour accabler sous une lumineuse condensation d’évidence l’opiniâtreté de divers contradicteurs, après avoir entendu Christophe Colomb et son père, écoutons son fils. Produisons enfin un témoignage qui réjouira le patriotisme des Génois, en leur confirmant invinciblement le droit unique de se dire les concitoyens de Christophe Colomb.

Le second fils du grand amiral de l’Océan, l’ahhé don Fernando Colomb , que Spotorno accusa d’avoir voulu égarer l’opinion et dissimuler le véritable lieu de la naissance de son père, a, dans son acte de dernières dispositions, rappelé que son père était de Gênes-, et il se dit « fils de don Christophe Colomb, Génois". )) Et par cela que son

^ Institucion del Mayorazgo de 22 de febrero de 1 498. — Coleccion diplomàtica docum., no cxxi.

^ « Hijo de D. Cristobal Colon Girtoves primcro Almiranîo que dcsciibriô las Indias. » — Testanicnto otorgado en 12 de julio, i 539.

00 LIEü DE LA NAISSANCE DE CHRISTOPHE COLOMB.

pere, son aïeul, la plupart de ses parents paternels étaient de Gênes, le fils de Christophe Colomb se considérait luimême comme Génois d’origine ; il affectionnait la langue italienne , la seule qu’il parlât habituellement dès qu’il s éloignait du territoire espagnol. Il revendiquait les souvenirs du berceau paternel ; disait que Gênes était sa patrie ; et s’en prévalait pour réclamer, à ce titre, le concours de tout honnête Génois, dans l’achat et l’envoi des ouvrages imprimés ou manuscrits qu’il faisait rechercher a l’étranger, afin de composer sa précieuse bibliothèque qu’on voit encore à Séville. En retour de la gloire, qu’en naissant dans ses murs son père avait léguée à Gênes, don 'einando Colomb comptait sur le dévouement de tous les membres de cette cité. Il considérait un Génois, en quelque ville de l’Europe que l’eût amené le négoce, comme son correspondant naturel. Même pour remplir. ses intentions pieuses à Rome, où se trouvaient pourtant des religieux espagnols, il désignait l’entremise officieuse de quelque négociant génois. Et sa prédilection cà l’égard des compatriotes de son père était si manifeste, qu’à sa mort, son exécuteur testamentaire, le licencié Marcos Felipé' respectant ce fidèle souvenir, crut devoir inviter à ses funérailles , qu’on célébra avec une pompe princière dans la cathédrale de Séville, tous les notables négociants

génois, en leur qualité de compatriotes du noble défunt '.

Ainsi, à travers un espace de soixante-huit ans, dans

1 (( Y à esta misma fueron convocados los senores y caballeros de esta ciiidad y todos los senores Genoveses de la nacion del sefior don Heriiando. — Dcclaraciones del tcstamento de D. Hentando Colon que hizo su albacea y amigo cl licenciado Mdrcos Felipe vclator de la aiidienda real de grades de Sevilla. — Coleccioii de documentes inedilos para la liistoria de Espann, tomo XVI, p. 159.

!a propre famille de Colomb, trois générations de témoins attestent qu’il naquit à Gènes.

Contrel’autoritéd’une telle affirmation, résultant d’actes authentiques ou revêtus de formes solennelles , qu’a-t-on opposé jusqu’à ce jour? des négations sans preuves, des prétentions sans bases, des considérations puériles tirées elles-mêmes d’inductions visiblement torturées, dans lesquelles si la logique des faits est misérablement violentée, en revanche les vanités locales et les appétits de famille se donnent satisfaction plénière. Là ne se bornent pas les torts des contradicteurs. Leur érudition prolixe et souvent bouffie, admirée d’eux seuls, témoigne d’une incroyable outrecuidance. Ces auteurs ne reconnaissent d’autre autorité que leur propre opinion. Ils suspectent, contestent et osent arguer de faux les documents les plus autorisés et les plus respectables. Aussi ne ferons-nous à aucune de ces oppositions égoïstes l’honneur de la relever. Nous ne venons pas ici discuter l’absurde, lutter avec l’insoutenable, mais simplement affirmer ce qui est.

Donc, nous le répétons :

Son père aussi était Génois. H s’appelait Dominique Colomb, et était üls de Jean Colomb, domicilié à Quinto, où il paraît avoir joui d’une certaine aisance. La qualité de Génois ne saurait être contestée au père de Christophe Colomb. Elle résulte de ses propres déclarations, dans plusieurs actes authentiques, dont les titres originaux existent aujourd’hui, conservés aux archives du notariat de Savone et de Gênes.

Dominique Colomb prit pour femme une villageoise de Bisagno, Suzanne, fille de Jacques Eontanarossa, (jui 1 avait pourvue d’une petite dot, partie en espèces, partie en biens-fonds. H s’établit à Gènes, d’abord dans la mai-

son qui lui appartenait personnellement. Cette maison , ayant boutique, et à laquelle se trouvait contigu un jardin arrosé par un puits était située hors des murs, du côté de la porte Saint-André, sur la route de Bisagno, le pays de sa femme, qui en est tout voisin. Dominique Colomb possédait encore un petit patrimoine dans la vallée de Nura, et quelques lots de terre aux alentours de Quinto Toutefois, afin de suppléer à la modicité de ses revenus, il s’occupait du cardage des laines -, et avait un métier pour la fabrique des draps, auquel il employait habituellement un ouvrier et un apprenti.

Ce fut dans cette maison du faubourg que vint au monde Christophe Colomb ^ On le présenta aux fonts baptismaux dans l’antique église de Saint-Etienne, alors isolée sur son petit monticule, et que desservaient les religieux bénédictins. C’est l’église vulgairement appelée à Gênes : (( Saint-Etienne de l’Arco^. » La tradition populaire, qui la désignait depuis trois siècles, comme celle où fut baptisé Christophe Colomb, a été, de nos jours, pleinement justifiée.

Le nom de famille de Colomb est en italien : Colombo *, en latin on l’écrivit Colombus, suivant son étymologie ; plus tard, en espagnol. Colon : mais nous suivrons l’orthographe française et nous l’appellerons Colomh.

Quelques années après, ayant déjà plusieurs enfants, Dominique Colomb crut de son intérêt de louer sa propre

i « TJna casa con bottega, pozzo e gïardino. w — Convenzione pubblicata da’ sign. academ.

* Filippo Gasoni. — Annali délia Republica dï Genova, lib. 26.

3 Et non point comme on Ta répété tant de fois, sans preuve, contrairement aux dates, dans la maison du vicolo di Mulcento où Dominique Colomb n’entra que plusieurs années après.

♦ Cevasco, Statistique de la ville de Gênes ^ t. I, p. 119.

demeure, sans doute à l’un de ces petits aubergistes ou taverniers qui avoisinent l’eutréc des villes, et de se raiiprocher du quartier spécialement babite des bonnetiers, teinturiers et cardeurs de laine. A cet cllét, il ])rit à bail, dans la rue de Mulcento, une petite maison ayant au rezde-cbaussée, outre la pièce d’entrée éclairée par la jiorte, une salle contiguë, pourvue d’une femMre garnie de barreaux de fer assez sveltes, mais bien reliés entre eux , et qui pouvait servir de boutique. Sur l’ancien cadaslnï de la République de Gênes, cette maison portait le 11° IGG '. Elle appartenait aux religieux bénédiclins. Plusieurs livres de recette de cette communauté, échappés aux désastre.s des révolutions et existant encore aujourd’bui, mentionnent les payements successifs eflèctués par Dominique Colomb Le dernier qui y figure sous son nom est de 1 annee 1489 A partir de cette époque, son gendre Jacques Bavarello se substitua à son bail, en vertu d’une convention passée le i20 juillet 1489, dans l’étude du notaire Lorenzo Costa.

L ctroito et aprenient niontueusc rue de Mulcento était alors le quartier central des bonnetiers et fabricants do

* Il pùbblico catasto compilato l'anno 1 797, lett. G, IGG. Per Caddietro le case non erano accastate. — Ragionamento , etc., dagli accademici Serra, Carrega, e Piaggio, fol. 49.

^ A la suppression des ordres religieux, pendant Poccupation française, les archives du couvent de Saint-Étienne furent transportées au Palais, et confiées à la surveillance du Ministère public. La éommission de f Académie de Gênes, accompagnée d'un ancien Père abbé des Péiiédictins, examina les registres de la communauté. On ne put retrouver celui des Baptêmes, plusieurs livres étaient égarés. Mais sur la plupart des livres de recettes, entre l’année 146G et l'année 1489, on trouva le

nom de Dominique Colomb et ses payements de la maison qu’il occupait par Bail emphytéotique.

« Nell ultimo pagamento di Dominico Colombo, si legge che Jacopo Bavarello suo genero avea conseguito esümo délia sua casa. »

draps. Aiijourd hui, dans le grave silence de sa solitude, elle conserve, avec quelques vestiges de la piété de ses anciens habitants, qu’on reconnaît çà etlàinscrustés dans les portes ou les vieux murs, un aspect calme et austère qui rappelle la foi simple et robuste du moyen âge.

Dominique Colomb eut quatre fils : Christophe, Barthélemy, Pellegnno et Jacques. Il avait aussi une fille, laquelle, n espérant pas mieux de la fortune, voulut épouser un charcutier ‘ du voisinage, nommé Jacques Bavarello, et que 1 obscurité de sa condition dérobe, dès son vivant, aux regards de 1 histoire. Pellegrino Colomb mourut ayant dépassé 1 âge de la majorité ^ il travaillait au métier de son

père. La plupart des écrivains ont oublié ou ignoré son existence.

Les ancêtres de Colomb appartenaient à la noblesse. Cela est certain.

Dans les veines de ce cardeur coulait un sang très-pur. Ses aïeux descendaient d’une souche militaire, issue de la Lombardie, dont les branches collatérales avaient pris racine en Piémont et sur le Plaisantin, tandis que d’autres, transplantées en Ligurie, s’étaient vues forcées de s’attacber aux choses de la mer et du négoce. Indubitablement, dans la première moitié du quinzième siècle, il existait à Gênes plusieurs Colombo, unis par une ancienne parenté ^ mais leurs conditions étant devenues bien diverses, leurs rapports se ressentirent de cette différence de rang. Les uns se trouvaient haut placés par leurs services et leur fortune, tandis que d’autres occupaient une position secondaire ou même ignorée dans la marine marchande. Tels étaient les parents de Jean-Antoine Colomb, qui servit

^ « Ignoto è il nome délia sorella maritata col Pizzicagnolo Giaconio Bavarello. » — Spolonio, — Codke Colombo Aniericano, fol. XI,

FAMILLE DE CDRiSTOPHE COLOMB. 7!

dans les Indes, en qualité de capitaine, sous les ordres de l’amiral de l’Océan. D’autres encore, habitant des bourgs de la Ligurie, s’y adonnaient à la culture de leur modeste patrimoine. Ces liens de |)arenté et de voisinage donnèrent lieu aux prétentions qui se produisirent par la suite relativement à la véritable patrie de Christophe Colomb.

Les Colomb portaient d’a/ur à trois colombes d’argent, au chef le Cimier, surmonté de l’emblème do bi justice, et pour devise ces mots : « Fides, spes, cbaritas L )> Sauf d’insignifiantes nuances, ces armes étaient communes aux diverses branches de l’antique famille lombarde • et appartenaient aux Colomb de Plaisance aussi bien qu’à ceux du Montferrat et de la Ligurie.

Plusieurs écrivains ont avancé qu’à Cônes, le métier de cardeur ne dérogeait point à la noblesse. Nous n’avons pas à vérifier la valeur de cette assertion. Quelle que fût l’estime acquise par la eorporation des cardeurs dans la Ligurie, nous doutons que jamais gentilhomme ait eu le goût de s’y agréger. Mais il est certain qu’une tradition de droiture, de loyauté et d’honneur vivait sous le toit de cet artisan^ et, soit qu’il eût ou non conservé les armes de ses aïeux, Dominique Colomb parut toujours se souvenir d’eux dans sa conduite. Il agit suivant sa condition, comme un homme que noblesse aurait obligé. Il fit de sa famille un modèle de la sainteté du devoir. Le respect, la piété filiale, l’affection fraternelle, la modestie dans l’élévation, le courage dans l’adversité , la magnanimité, la pureté chrétienne, voilà ce que l’ouvrier en laine donna au

* « Armas antiguas de los Colombes que son très palomas blancas en campo azul con ima celada y encima la jusUcia, y una lelra que dize : Fe, Esperanza, y caridad. » — Dans le mémoire à la Reine, par Pedro Colon de Portugal, amiral des Indes, duc de Veraguas, marquis de la Jamaïque, chevalier de la Toison-d’Or, etc.

7â FAMILLE DE CHRISTOPHE COLOMB.

monde. Et celui que sa pauvreté obligeait de marier sa fille au cbarcutier Jacques Bavarello sut, avant de quitter cette terre, que l’aîné de ses fils en avait augmenté l’espace ; qu’il était grand Amiral et Vice-Roi. Ce fut dans ses enfants qu’il plut à Dieu de bénir ce vieillard laborieux, ignoré des maisons patriciennes, qui , après avoir compté comme un autre Jacob , dans les longues années de son pèlerinage, des jours bons, d’autres mauvais ( et ces derniers furent les plus nombreux), se vit avec complaisance, à la fin de sa course, revivre par un fils revêtu de splendeur, éblouissant de gloire

En commençant cette histoire, nous aimons à saluer d’abord la respectable image de cet ouvrier, par cela qu’il servit humblement Dieu , son pays ^ travailla laborieusement -, fit pour l’éducation de ses enfants tout ce que les circonstances permirent ^ ne les éleva point égoïstement pour lui , et sut généreusement se priver d’eux dans sa vieillesse.

Jamais le cardeur de la rue de Mulcento n’a reçu un mot

d’égards des biographes de son fils. On s’est borné à dire : (( Les parents de Colomb étaient pauvres, mais honnêtes L )) Ce certificat de moralité , délivré sérieusement par l’école protestante, serait blessant s’il n’était ridicule. Est-ce que l’honnêteté seule eût produit l’exemple de ces trois fils, qui, toujours respectueux et reconnaissants, surent, malgré leur propre gêne, soulager la vieillesse de leur père ^ fidèlement unis entre eux, pleins de déférence pour leur frère aîné, se trouvèrent au niveau des entreprises les plus difficiles comme des situations les plus élevées ; supportèrent les grandeurs aussi naturellement que les revers, et ne défaillirent en aucune occasion ? Ne sent-

* Washington Irving, Histoire de la vie et des voyages de Christo^ plie Colomb, liv. I, cliap. i, p. 7.

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