LETTRE DE COLOMB AU ROI FERDINAND
liaison, n en continua pas moins avec persévérance ses efforts inutiles pour être écouté, et parvenir jusqu’aux souverains. ]Ne pouvant y réussir, il prit la plume, et s adressa directement au roi Ferdinand en ces termes :
<( Sérénissime Prince ,
(( Je navigue dès ma jeunesse. Il y a près de quarante ans que je cours les mers. J’en ai visité tous les parages connus, et j’ai conversé avec un grand nombre d’hommes savants, avec des ecclésiastiques, des séculiers, des Latins, des Grecs, des Maures, et des personnes de toutes sortes de religions. J’ai acquis quelque connaissance dans la navigation, dans l’astronomie et la géométrie. Je suis assez expert pour dessiner la carte du monde, et placer les villes, les rivières et les montagnes aux lieux où elles sont situées. Je me suis appliqué aux livres de cosmographie, d histoire et de philosophie. Je me sens présentement porté à entreprendre la découverte des Indes; et je viens à Votre Altesse pour la supplier de favoriser
mon entreprise. Je ne doute pas que ceux qui l’apprendront ne s’en moquent; mais si Votre Altesse me veut donner les moyens de l’exécuter, quelques obstacles qu’on y trouve, j’espère la faire réussir L »
Dans ce style droit, ferme et concis, où les faits tiennent la place des mots, s’empreint le caractère de l’homme.
Cette lettre resta sans réponse. Comme l’avait prévu son auteur, probablement ceux à qui elle fut communiquée s’en moquèrent; et le Roi fit comme eux. Colomb attendit sans se rebuter; tout en persistant à chercher quelque autre moyen d’être entendu. Enfin, à travers les dégoûts et les déceptions endurées en silence, il réussit à
^ Fernando Colomb; Histoire de l’Amiral^ diap. iv.