LE NONCE ANTONIO GERALDINI
faire connaissance avec l’ancien Nonce apostolique, M^'’ Antonio Geraldini. Ce prélat, à la prière de la Heine, était revenu en Espagne pour achever l’éducation de l’Infante, sa fille aînée.
La haute intelligence d’ Antonio Geraldini le disposait aux grandes conceptions. A l’âge de vingt-deux ans, il avait vu le poétique laurier d’or ceindre son front, aux applaudissements de l’Italie presque entière. Suivant Apostolo Zeno, il avait composé, entre autres poésies remarquables, douze élegies sur la vie du Sauveur. Sa précocité dans les afïïiires ne ralentissait point sa générosité d’esprit. Dès qu’il eut connu Colomb , l’ancien Nonce éprouva pour lui une vive attraction , et se trouva son ami en ne croyant être que son protecteur. Il entretint de son projet les premiers personnages de la cour, surtout le Grand Cardinal d’Espagne, don Pedro Gonzalez de Mendoza, qui était aussi Grand Chancelier de Castille, et que son influence si puissante avait fait presque surnommer (c le troisième Roi des Espagnes. )>
A la demande de l’ancien Nonce apostolique, le Grand Cardinal admit en sa présence le navigateur étranger. Plus habitué aux affaires que le Prieur de Prado, et mesurant les hommes au premier coup d’œil, dès qu’il eut vu Colomb, il comprit sa supériorité. Après l’avoir entendu, il lui donna son estime, et conçut une si haute opinion de sa personne, que, sans même approfondir le mérite de son plan, ce qu’il ne pouvait immédiatement faire, il crut devoir parler de lui aux Rois h Par cette bienveillante entremise, Colomb put obtenir enfin audience.
1 « El cardenal que lo manclava todo, le negocio audiencia con les rcyes. » — Pedro de Salazar, Cronica de cl gran cardinal, etc., 11b. ï,
§ 1, pag. 214.
I/o COLOMB OBTIENT AUDIENCE DES ROIS.
Malgré la pauvreté de ses vêtements et son accent étrangei , Colomb parut sans hésitation et sans humilité devant les souverains. La dignité de son visage, la grâce austère de son maintien se déployant avec la noble familiarité de sa parole, frappèrent leur attention. On eût dit un Roi déguisé conversant avec ses égaux. C’est qu’oubliant son dénûment, tout pénétré de la sainteté de son but, s’élevant a la hauteur de son mandat, il se présentait comme le légat de la Providence, « envoyé en ambassade*,)) suivant son expression, vers les plus puissants d’entre les princes chrétiens, et surtout les plus zélés pour la foi, leur proposer une entreprise qui immortaliserait leur règne, en « faisant service cà Notre Seigneur, répandant son saint nom et la foi parmi tant de peuples, )) qui peut-être ignoraient encore le Messie. Glorifier le Rédempteur, porter 1 Evangile, la civilisation aux contrées les plus extrêmes, utiliser ainsi la puissance temporelle, c’était se préparer une couronne impérissable dans féternité.
Ce fut franchement et uniquement sur ce motif religieux que se fonda Colomb, en s’adressant à la reine de Castille. Les avantages politiques et commerciaux qu’il avait fait valoir auprès des gouvernements de Gênes, de Venise et du Portugal ne furent ici présentés qu’accessoirement. Le premier objet de la découverte, dégagé de tout intérêt humain, était donc la glorification du Rédempteur, l’extension de l’Église de Jésus-Christ. Voifà ce que les historiens avaient jusqu’à présent passé sous silence ou laissé dans une vague confusion.
‘ « Por su infinita bondad hizo a mi mensagero dello, al cual vine con el ernbajada a su real conspetu, movido como a los mas altos principes de Cristianos y que tan se ejercitaban en la fé. )> — Christophe Colomb, Relation du troisième voyage^ adressée de Vile Espagnole aux Rois Catholiques.