LA JUNTE DE SALAMANQUE
VU le jour a Salamanque, reçu son instruction et ses giades à son Université. Sa famille, ses amis, prenaient un intérêt personnel aux débats qui allaient s’ouvrir. Le jeune Gaspar de Gricio, secrétaire du Roi, et d’autres ofliciers de la cour, étaient aussi natifs de Salamanque.
Une circonstance singulière et quasi comique venait ajouter encore au bruit d'un tel événement : la confrérie des barbiers de Salamanque avait sa bannière, son tronc et sa chapelle au couvent de Saint-Étienne ^ ! Dans leur joie vaniteuse, tous les Figaros de l’Université semblaient partager l’honneur rendu au couvent des Dominicains. On juge si leur loquacité laissait quelque repos à leurs pratiques, et s’il était permis à Salamanque d’ignorer la tenue du^ docte congrès. Les muletiers et les nourrices savaient au moins qu’un étranger prétendait prouver que la terre est ronde comme une orange, et qu’il y a des pays où les hommes marchent la tête en bas 5 de plus, qu’en continuant de naviguer tout droit au couchant on reviendrait par l’orient. Le public s’étonnait peut-être que l’on traitât si sérieusement une pareille facétie.
La Junte fut composée des professeurs d’astronomie et de cosmographie en possession des premières chaires de cette Université, et des principaux géographes ou géomètres qui avaient étudié autrefois les mathématiques sous maître Apolonius, et la physique sous maître Pascual de Aranda, les deux seuls professeurs éminents de l’ordre des sciences qu’eût encore fourni Salamanque. Ni le Père Juan Perez de Marchena, ni le jeune pilote Juan de la Cosa, ne firent partie de cette réunion. L’Es-
^ « s. Estevan, monasterio de Dominicanos, en el tienen cofradia los Darberos. » — Memoria de las Iglesias, monasterïos, hospitales, lier-mitas ij cof radias de oficios. — Gil Gonzalez d’Avila, Diacono ij racio^ nero enla S, iglesia de Salamanca^