DÉCISION DE LA JUNTE CONTRAIRE A COLOMB
cirait aucun repos avant que Grenade ne fût sous la domination de la Croix, ne voulait pas attendre les préparatifs d’une guerre nouvelle. Il rassembla les efforts de ceux qui l’aimaient, et obtint que la Junte statuerait définitivement sur son projet.
L’évêque d’Avila, Fernando de Talavera, présida de nouveau cette réunion. Son opinion n’était pas changée. Tous les membres de la Junte déclarèrent a l unanimité cjue ce projet reposait sur une base fausse et imaginaire-, son auteur affirmant comme vérité, ce qui était impossible L
Malgré ces tristes conclusions, la Reine n’abandonnait pas le projet. Son génie ne condamnait point celui de- Colomb. Cependant, comme la guerre qu’elle allait porter à Grenade entraînait des frais énormes, Fernando de* Talavera fut chargé de lui dire c[ue l’épuisement du trésor empêchait la Reine de songer actuellement à soin entreprise^ mais que dès la fin de la guerre, on reprendrait l’examen de sa proposition.
Après tant d’années d’attente soumise, de démarclieç persévérantes, d’espérances déçues, cette réponse aurai» atterré tout autre esprit que celui de Colomb. Mais endurci aux privations, aux railleries, aux dédains de te superbe ignorance , il soutint avec fermeté ce nouveau mécompte. Voulant absolument que l’Espagne, dont te zèle religieux et le caractère chevaleresque intéressait ses plus intimes sympathies, profitât de sa découverte, il en proposa l’entreprise à l’un des plus grands seigneurs du Castille, le duc de Médina-Sidonia, qui avait à lui um
‘ « E que todos ellos accordaron que era imposible ser verdad loqui: el diclio decia. » — Témoignage du docteur Rodrigo Maldonado dans 15® interrogatoire de l’enquête. — vSuplem. prim. à la Çolecçion dlplo: mdtica.
COLOMB s ADRESSE AU DUC DE MÉDINA-SIDONIA. 197
flotte, des ports, et môme des armées. Qiiel([ues années
auparavant, pour déblorpier Alhama que pressaient les Maures, il avait levé sur ses terres (piarautc mille fantassins et cinq mille chevaux*. Les Médina-Sidonia tenaient royalement un état de souverain. La puissance de leur force s’augmentait de leurs alliances avec les plus anciennes maisons de l’Espagne. La parenté unissait leur famille, entre autres, à celle de Son Excellence M*'"' Eugénie de Mon-
tijo, comtesse de Feba, devenue Impératrice des Erançais. Un accueil distingué et l’olfre d’etre recommandé à la
Reine fut tout ce qu’il obtint de ce grand seigneur, alors fort occupé de ses préparatifs pour la prochaine cam> pagne. L’ampleur meme des vues de Colomb lui fit regarder son plan comme une illusion, et peut-être un leurre tendu cà ses finances. Il se défia de lui, surtout parce qu’il était étranger
Sur ces entrefaites, un gentilhomme nommé Moralès, intendant du duc de Médina-Céli, qui possédait aussi une puissante flotte, engagea son maître à tenter l’entreprise. Colomb fut prié de venir au Port-Sainte-Marie, ville appartenant au duc. Une noble hospitalité l’y attendait. Le duc de Médina-Céli, très-sympathique à sa grandeur de caractère, pris aux attaches de sa conversation, lui accorda une telle confiance, qu’il fit construire aussitôt des navires propres à un voyage de découvertes. Puis au moment de fexécution, se ravisant et craignant qu’une telle entreprise faite en son propre nom ne portât de l’ombrage à la Reine, il songea à solliciter son autorisation. A cet effet, il lui écrivit de Rota
^ John Biglancl, Histoire d’Espagne, I, p. 243. — Édition française. ^ Lopez deGomara, Historïa de las Indias, cap. xv.
^ « Escribilo à su Alteza desde Rota, y respondio nie, etc, » — /)ocnmentos diplomàticos, n® x;v.