COLOMB ACCUEILLI PAR LE DUC DE MÉDINA-CÉLI
La Reine sut gré au duc de Médina-Céli de sa déférence, et le pria de céder cet armement à la couronne, moyennant le remboursement des sommes déjà dépensées, et dont on effectuerait le payement après la guerre. Tout en lui disant qu’elle ne croyait pas trop à la réussite de ce projet \ elle était décidée à en faire l’essai. Isabelle invita donc le duc de Médina-Céli à lui envoyer Colomb. Dès l’arrivée de celui-ci, avec cette délicatesse de tact qui tenait du charme, elle le confia aux bons soins d’Alonzo de Quintanilla dont la noblesse d’esprit, la grandeur de vues, le zèle catholique, méritaient si bien l’honneur d’une telle hospitalité. A diverses reprises, la Reine lit alors appeler Colomb, l’entretint de son plan, et l’assura qu’après la guerre on le satisferait. Mais quand la guerre finiraitelle? Tous les Maures d’Espagne voyaient dans Grenade leur dernier rempart. Leur défense préparée de longue main promettait d’être désespérée. Remettre f entreprise à l’extinction de la guerre, n’était-ce pas l’ajourner indéfiniment?
Repassant dans son esprit les délais, les refus, les moqueries, les soupçons, les affronts, les voyages, les antichambres qu’il avait supportés en silence -, voyant sa vie s’user ainsi péniblement et en vain pour l’accomplissement de son œuvre ^ craignant que l’Espagne, aveugle et sourde à ses propres intérêts, ingrate envers la constance de son dévouement, ne fût pour une telle obstination déshéritée par la Providence des grandeurs qu’il lui destinait, Colomb cessa d’insister. La poitrine soulevée d’indignation, le cœur débordant d’amertume, et secouant la pous-
1 « Que no ténia este negocio por muy cierto ; pero que si acertase que su Alteza me haria merced, etc. » — Lettre écrite deCogolludo, le 19 mars 1 493, par le duc de Medma^-Céli au Grand Cardincd d'Espagne. — Orig. en el archiv. de Siinancas.