ISABELLE ENVOIE A LA RECHERCHE DE COLOMB
qui s’y étaient livrés. On dit qu’après tant de dégoûts et de déceptions, les lèvres contractées par l’amertume qui débordait son cœur, le grand homme hésita un instant à revenir sur ses pas. Mais quand il sut tout ce qui s’était passé, la ferme résolution de la Reine, il obéit avec une soumission affectueuse, devinant déjà la part réservée dans son œuvre par la Providence à cette femme, seule digne de lui être associée.
La Reine venait en effet de prendre une détermination héroïque. Malgré la Junte des cosmographes, l’avis de son Conseil privé, les représentations de son confesseur, au- (|uel elle avait toujours montré la plus grande condescendance: malgré le sentiment du Roi son époux, à qui elle se faisait un devoir de complaire en toute chose, et dont elle prenait le désir pour loi ^ nonobstant la défaveur des apparences, l’opposition de tout ce qui l’entourait, Isabelle venait d’engager sa parole en faveur de cet étranger.
En bien examinant cette confiance non moins subite qu’inébranlable de la Reine , on y remarque quelque chose de sublime et de mystérieux, comme l’entreprise dont elle allait devenir Famé et la protectrice.
Le Père Juan Perez, qui, surmontant son effroi des grandeurs, des bruits delà Cour, était cependant resté exposé au retentissement des plaisirs et aux réjouissances de la conquête, se tenant en éveil à portée de la Reine, pour défendre sa gloire et celle de l’Église, en soutenant son ami, maintenant rassuré sur l’issue de l’affaire, se bâta de regagner sa paisible cellule L
ï « El padre Fray Juan Perez se bolvio desde la corte, dexando ya el negocio assentado, etc. » — Fray Pedro Simon, Noticïas hisioriales de las conquïstas, etc. Prim. notic., cap. xiv^ n° 3.