LA MER TÉNÉBREUSE
cutàt sur les intelligences. Dans l’entendement, l’inconnii touche au ténébreux-, et les ténèbres sont formidables pour toute créature mortelle. On pensait (|uc le chaos, l’Érèbe, se recélaient dans les profondeurs extrêmes de cette mer que tous les cosmograpbes désignaient du nom de TÉNÉBREUSE, parcc que d’après le géographe de Nubie, le shérif Édrysi, et au dire des navigateurs arabes, en approchant de ses parages, on trouve « de forts courants, des eaux obscures, et peu de clarté dans l’atmosphère. )) L’incertitude et l’obscurité de la science, au sujet de cette mer, semblaient justifier cette affreuse dénomination. C’était dans la mer ténébreuse que se choquaient les torrents pélagiques, que tourbillonnaient les gouffres au sein desquels se jouaient Bébémotb et le grand Léviathan, escortés de monstres subalternes.
Tous les ouvrages de géographie accréditaient le mauvais renom de la mer ténébreuse, car sur les cartes des cosmograpbes on voyait dessinées autour de ces mots terribles : MARE TENEBROSinvi , des figurcs affreuses , auprès desquelles les cy dopes, les lestrigons, les griffons, les hippocentaures n’avaient que de bénignes physionomies. Les géographes arabes , empêchés par le Koran de reproduire des images d’animaux, se bornaient a caractériser cette mer au moyen d’un signe dont la sombre unité, sans effrayer d’abord le regard, n’en bouleversait pas moins l’imagination. C’était une main crochue et noire, celle de Satan ! s’élevant de l’abîme à la surface, et prête à entraîner sous les gouffres les navigateurs assez téméraires pour
braver les eaux du Bahr-al-Talmet.
Ces périls sous-marins n’étaient pas les seuls que courussent les explorateurs. De gigantesques adversaires pouvaient tout à coup fondre du haut des airs. Dans ces latitudes planait sur ses immenses ailes l’oiseau rock, qui