‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 89 sur 316 · ATTITUDE DE COLOMB PENDANT LES · texte numérisé non relu

ATTITUDE DE COLOMB PENDANT LES

Colomb continuait à mener la vie d’un disciple de l’Ordre Séraphique. Il ne sortait du couvent que par nécessité, s’occupant du soin de son àme, et avançant dans la perfection chrétienne. Ce fut sans doute alors qu’il s’engagea, comme membre du Tiers-Ordre, à la règle de saint François. Ses jours se passaient dans Toraison et la contemplation des mystères. Il tâchait de devenir de moins en moins indigne de la bonté de Dieu, qui l'avait daigné choisir pour une œuvre sans égale parmi les hommes. II ne s’émut aucunement des délais, des frayeurs, du mauvais vouloir de la cité, bien qu’ils formassent à son départ des obstacles si sérieux que l’autorité royale ne pouvait les vaincre seule.

L’histoire a gardé le souvenir des généreux efforts du Gardien de la Rabida pour rassurer les esprits, stimuler les courages 5 mais on ne voit point apparaître Colomb. Lui qui, dans ses voyages postérieurs, déploya tant d’activité et s’occupa des plus minimes détails, ne paraît pas cette fois s’être donné le moindre mouvement.

Comprenant que sa qualité d’étranger, de Génois, rendait stérile son éloquence; qu’on ne croyait point en lui; qu’il ne pouvait composer à son gré son état-major et la maistrance ; former lui-même le rôle de ses équipages ; qu’il lui fallait prendre ce que la contrainte et les étroites ressources de l’habitation de Palos mettraient à sa portée, il acceptait avec une complète abnégation de sa personne, ce que la Providence avait décidé. Il était dans ses principes de ne pas tenter Dieu; de ne point forcer les circonstances, mais de les subir avec résignation, tout en déployant avec opiniâtreté ce qui se trouvait dans le possible de l’action humaine. Il sentait comme une assurance invisible en son cœur, ne s’effrayait aucunement des diffjçültés, pc se préoccupait plus du dehors, et restait dans

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ce cher cloître, berceau de sa destinée, où il avait rencontré un ami incomparable, le plus intime et le plus aimant qu’il ait eu sur la terre.

Certain désormais que sa mission devait s’accomplir, il n’abandonnait pas son travail intérieur, et se bornait à jeter de temps à autre son regard exercé sur les détails de l’armement, que les Pinzon surveillaient d’autant plus assidûment qu’ils étaient fort intéressés au succès de l’expédition-, les trois frères et particulièrement le plus jeune, Vincent Yanez Pinzon ayant, sur les instances du Père Juan Perez, avancé à Colomb le huitième de la dépense totale * qu’il devait fournir.

Pendant une de ses subites apparitions au milieu des ouvriers, Colomb surprit un expédient imagine par Cornez Rascon et Cristobal Quintero pour échapper à cette navigation qui les effrayait. Ils avaient disposé de telle façon le gouvernail de la Pinia^ que les pièces, en apparence parfaitement emboîtées, seraient désassemblées ou démontées à la première houle. Il voulut les contraindre à recommencer le travail^ mais les charpentiers s’enfuirent et les calfats se cachèrent.

Ce fut alors que l’infatigable Franciscain rendit au monde de nouveaux services, en ramenant les ouvriers à la besogne, et les excitant par ses salutaires exhortations. Grâce à lui, plutôt qu’aux trois Pinzon et au garde du corps Juan de Penasola, resté en permanence sur le port pour hâter le départ, vers la fin de juillet les trois navires de l’expédition furent en état de prendre la mer.

§ VI-

Jusqu’à ce jour aucun historien n’a détaille les apprêts * Hcrrera, Histoire générale jàécdÙQ liv. 1, chap. ix.

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