‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 93 sur 316 · ET LA PINTA · texte numérisé non relu

ET LA PINTA

navigation l’artimon, la civadière, la misaine, le tréou, ce qui impliquait des huniers, des gahies, des haubans, un système de cordages et de poulies assez compliqué. La dimension de la Santa-Maria peut nous être connue fort approximativement. Nous savons que sa grande chaloupe avait une longueur de trente pieds (environ dix mètres). Or, d’après les proportions alors établies dans la construction navale, le rapport de la chaloupe à la caravelle donnerait pour celle-ci une longueur de quatre-vingt-dix pieds de quille, et une longueur de vingt-six pieds sur le pont, ce qui est à peu près la dimension des bricks de guerre de douze à vingt canons. La Santa-Maria avait à l’arrière, sur la dunette, un double pont ^ à l’avant, un petit château. Le premier pont et le château étaient percés de sabords pour les bouches à feu. Dans le premier pont à l’arrière étaient amarrées des pièces de gros calibre nommées lombardes^ et dans le pont supérieur, des canons de laiton, tandis qu’à l’avant se trouvaient des pierriers et des espingardes. Huit ancres étaient attachées à la proue et aux flancs de la lourde caravelle.

Loin de juger trop petite la Santa-Maria^ Colomb la trouvait de beaucoup trop grande. Mais comme dans ses terreurs la commune de Palos n’avait voulu fournir aucune autre caravelle, force fut de s’en contenter, pour éviter d’interminables délais. Ce navire de belle apparence et très-solide, quoique déjà ancien, était pesant, médiocre marcheur, et peu propre à une expédition do découvertes L

La seconde caravelle, la Pinta^ à voilure carrée et la troisième, la A"ma, à voilure latine, avaient un pont à l’arrière et un pont à l’avant^ mais l’espace compris entre

^ « Nao que era muy pesada y no para el oficio de descubrir. n — Las Cagas, Extrait du Journal de Colomb, mercredi 26 décembre.

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l’avant et l’arrière n’était point couvert d’un tillac- On avait simplement relevé les bordages d’une largeur de planche. Ces deux caravelles, également pourvues d’artillerie, avaient des canons de fonte à l’arrière et des espingardes à l’avant. Les vivres consistant en bœuf fumé, porc salé, biscuit, riz, pois chiches, fèves, haricots, harengs, oignons, vin, huile, vinaigre, sel, etc., pouvaient sulfire pour un an a chaque caravelle. Ces trois navires, représentant des bricks de dix, seize et vingt canons, furent munis chacun de deux pompes en bois pour parer aux voies d’eau. Aujourd’hui aucun amiral ne se hasarderait à une exploration lointaine sur de pareilles ourques. Mais comme, sauf la Santa-Maria^ les deux caravelles offraient de bonnes conditions pour approcher des côtes ^ que les équipages et les vivres étaient suffisants, Colomb les trouva, disait-il, « très-propres à une semblable entreprise, )) il passa alors la revue du personnel de l’expédition.

Sur la Santa-Maria s’embarquèrent, suivant l’ordre des préséances :

L’honorable Diégo de Arana, grand Alguazil de la flotte, neveu par alliance de Colomb; Pédro Guttierrez, garde meuble du Roi, attaché à la comptabilité de la couronne; Rodrigo Sanchez de Ségovie , nommé par les souverains Veedor^ contrôleur de l’armement; Rodrigo de Escovedo, notaire royal, chargé de dresser les actes et procès-verbaux, suivant l’occurrence; le bachelier Rernardin de Tapia, historiographe de l’expédition.

Après eux venaient, en qualité de lieutenants de vaisseau, les pilotes : Per Alonzo Nino, vrai loup de mer; Rarthelémy Roldan^, marin spéculateur, plus négociant

‘ Après avoir quitté le service, il devint, en peu d’années, le plus riche

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que militaire 5 Fernand Ferez Matheos, esprit inquiet et envieux 5 SanchoRuiz, passionné pour le service^ Ruy Fernandez, bon officier ^ Juan de la Cosa, surnoninié u le Riscaïen, » habile dans la théorie, et hydrographe par instinct. Suivaient l’interprète de l’expédition, juif converti, baptisé sous le nom de Luiz de Torrez, qui savait le latin , le grec , l’hébreu , l’arabe , le copte , l’arménien -, puis le métallurgiste officiel Castillo, orfèvre à Séville.

Le service de santé se composait d’un certain maître Alonzo, médecin médiocre, et d’un très-bon chirurgien, maître Juan, aimable et compatissant auprès des malades'. Un homme intrépide et modeste, le vertueux Diégo Mendez, François Ximenès Roldan et Diégo de Salcedo, attachés au service personnel de Colomb en qualité d’écuyers, prirent place avec deux de ses amis, curieux de l’inconnu, près de la grande cabine qu’il occupait sous la dunette du château d’arrière.

Outre Jacomo , le maître d’équipage , et le maître de manœuvres , qui étaient Génois , il y avait à bord un maître charpentier, un maître calfat, un maître armurier, un tonnelier, des matelots et des mousses au nombre de quarante^ parmi lesquels se trouvaient un Anglais nommé Tallarte de Lajes, un Irlandais appelé William Ires, deux Portugais et le Majorcain Sébastian ^ ce qui formait, avec un domestique et les deux cuisiniers, un total de soixantesix personnes.

Chose à remarquer : parmi les hommes de l’équipage de la Santa-Maria^ aucun n’était de Palos -, tous venaient

propriétaire de Saint-Domingue, en construisant des maisons pour les vendre. — Herrera, générale, décade D®, liv. V, chap. iv.

^ Oviedo l'appelle « homme de bien et gentil chirurgien. » — Traduction de Jean Pouleôr , valet de chambre de F'rançois 1®*’, liv. 11, chap. XII.

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du dehors •, la plupart de Seville ou de la province d’Huelva. Mais en revanche, sur la plus grande des deux caravelles, la Pinia, officiers et matelots étaient tous habitants de Palos, ou parents, ou amis, ou voisins des Pinzon. Même l’admirateur de Colomb, le médecin Garcia Hernandez, dominé par ses rapports quotidiens de voisinage, ne s’était pas embarqué à bord de la Santa-Maria. Il avait suivi, comme un patron naturel, le senor Martin Alonzo, son ami de longue date.

L’aîné des Pinzon montait la fine voilière Pinia, dont il était capitaine. Il avait pour lieutenants son frère François-Martin Pinzon, son cousin Juan de Ungria et Cristobal Garcia Xalmiento; comme médecin, Garcia Hernandez de Palos, l’ami du gardien de la Rabida; et en qualité de commis aux vivres, un autre Garcia Hernandez, natif d Huelva, obstinément confondu avec le précédent par les historiens^ pour aides, un Garcia Xallejo, leur parent, puis un Garcia Alonzo et encore un Garcia Diego; le maître et le contre-maître Gomez Rascon, et Cristobal Quintero, propriétaires du navire. Ce dernier était suivi de son parent Juan Quintero, dit l’Argenteux. Enfin venaient Diégo Fernandez, Colmenero, Diégo Rermudez, Bartbolomé Colin, et d’autres, également obligés ou voisins de la maison du senor Martin Alonzo. A l’exception de Juan Rodriguez Bermejo, né à Molinos, le reste des matelots était de Palos ou de Moguer, pays que souvent leur proximité faisait confondre en un seul. L’équipage de la Pinia s’élevait à trente hommes, officiers compris.

La coquette et jolie marcheuse Nina, commandée par Vincent Yanez Pinzon, forte de vingt-quatre hommes seulement, portait le reste des alliés, des amis et des voisins de Pinzon.

PUÉPARATIFS DE DÉPART.

On ne peut douter cpie Colomb, en achevant sa revue des équipages, ne leur ait, conformément à ses habitudes, adressé une allocution , et que , cédant au besoin de son cœur, il ne leur ait parlé de Dieu, entre les mains duquel ils avaient tous à remettre leur àme. Quelle que fût la résolution de ces hommes , le moment du départ approchant, une grande appréhension s’empara de tous les esprits. L’imminence du danger dans une pareille expédition tourna les cœurs vers le Père des miséricordes. Chacun songea à se réconcilier avec Dieu , à se confesser et à obtenir l’absolution de ses fautes. Après quoi, ils se rendirent ensemble , processionnellement , au monastère de la Rahida, leur commandant à leur tête, pour implorer l’assistance divine , se mettre sous la protection spéciale de la Sainte Vierge. Ils entendirent la messe, et reçurent la sainte Eucharistie de la main du Père Juan Perez de Marchena \ et revinrent dans un ordre religieux sur les

caravelles.

C’était une cérémonie touchante et triste. Toute la ville de Palos partageait l’attendrissement des marins : il y eut bien des larmes versées dans la chapelle de la Vierge.

Afin de mettre à profit le premier vent d’est qui se lèverait, les équipages furent consignés à bord. Aucun officier n’eut la permission de coucher à terre. On hissa le pavillon de partance. Colomb, ayant commandé qu’on courût le prévenir dès que s’annoncerait le vent désiré, embrassa son jeune fils Diégo, que lui rendait son généreux instituteur Juan Perez, et ayant confié doublement au bon abbé Martin Sanchez et à Rodriguez Cabezudo, accourus de Moguer pour recevoir ses adieux, le soin de conduire cet enfant à Cordoue, chez sa femme dona Béatriz, ou

' Robertson, Histoire de V Amérique ^ 1. 1, liv. Ib P* 108.

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