RÉQUISITOIRB DE L AVOCAT GENERAL
C'est ce qui nous expliquera bientôt le retard que parut subir une Oeuvre capitale, prête pourtant avant rheure. Proyart semble Toublier, quand il dit de Marie Leckzinska : « Plus active à servir les Jésuites que M. de Beaumont lui-même, elle eût voulu que ce prélat eût publié plus tôt la lettre pastorale qu'il donna pour leur justification, pièce la plus propre à démontrer leur innocence à tout tribunal où leurs ennemis n'auraient pas siégé comme juges. »
La situation , du reste , était des plus compliquées. L'avocat général venait de fulminer, le 8 janvier, contre les constitutions de la Société, s'échauffant à démontrer qu'elles étaient contraires aux lois du royaume comme aux privilèges de la nation. Il n'avait rien oublié dans rénumération haineuse de tous les arrêts rendus depuis deux siècles au détriment des Jésuites... rien, si ce n'est peut-être certaines pièces dans le genre de l'acte qui se trouvait inscrit aux registres mêmes du Parlement, à la date de 1580, et dont la déclaration fut renouvelée durant les horreurs de la peste de 1720 ; acte par lequel ces religieux , de leur propre mouvement , renonçaient aux legs et aumônes qu'on pourrait leur offrir en reconnaissance des soins qu'ils allaient donner aux pestiférés, et protestaient ne vouloir servir les moribonds qu'à cette condition.
Mais les souvenirs d'un dévouement qui ne s'était jamais démenti dans la suite eussent été par trop importuns à rappeler, au moment surtout où toutes les sectes conjurées s'efforçaient de persuader aux masses que les Jésuites étaient les seuls auteurs des désastres pesant alors sur le royaume.
Louis XV, de plus en plus harcelé par la question