‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 11 sur 348 · RÔLE DB CHOISEUL · texte numérisé non relu

RÔLE DB CHOISEUL

d'argent, ce nerf de la guerre, tenta d'arracher de nouveaux subsides dans son lit de justice du 21 juillet; mais le Parlement prit à tâche de susciter au roi mille entraves, avec Fintention mal déguisée de se rendre absolument indispensable et de lui lier les mains, cette fois, en toute vérité , dans l'aflfaire pendante des Jésuites. L'archevêque de Paris , qui assistait à ce lit de justice en qualité de duc de Saint-Cloud,. comprenait aussi bien que le nonce « la position critique » où se trouvait placée l'autorité royale à Toccasion de cette demande de crédit; mais il ne voulait pas être dupe, comme Pamphili Colonna, du « grand intérêt » que Choiseul se targuait devant lui de porter aux Jésuites ^

Au vif déplaisir de Beaumont, quelques-uns de ces religieux se laissaient prendre, un peu naïvement sans doute, à ces roueries de cour. Je vois, en effet, par une lettre de la Croix à Ricci, qu'il se faisait lui-même assez illusion pour accoupler le nom du ministre à celui de l'archevêque et du nonce , en parlant des vrais champions de la Compagnie auprès du roi^. Je sais bien que Choiseul a cherché plus tard à se défendre d'avoir voulu jouer un jeu ; mais ceux qui en furent victimes ont été forcés de reconnaître que Beaumont ne s'était pas plus trompé sur le ministre que sur la favorite.

On se rappelle que notre prélat venait d'encourager les princesses à présenter elles-mêmes au roi leur supplique en faveur des persécutés. Mais ce n'est pas

1 Dépôcho chiffrée adressée au cardinal Torregiani ( TAeiner, 1. 1, p. 36).

* Galiani se contente de croire à la neutralité de Choiseul et du roi dans celte affaire i II Re e neutro, è neutro resta Choiseul (Lettre à Tanucci, l^r mars 1762). — » On sait aujourd'hui à quoi s'en tenir sur cette neutra^ lité prétendue.

SON KNTBEVDE AVEC LA REÎNt!. 15

lui qui eût conseillé à Marie Leckzinska de s'adresser directement au ministre suspect Cette pieuse reine, qui voulait épuiser tous les moyens humains pour conjurer Torage, prit un jour sur elle de mander le duc de Ghoiseul : « Vous savez , dit-relle, que je ne me mêle point d'affaires et que je ne vous importune pas par mes demandes; c'est ce qui me donne la confiance que vous ne me refuserez pas une chose que je crois bien juste , et à laquelle est attaché le bonheur de ma vie. Promettez-moi que l'afiFaire des Jésuites n'ira pas jusqu'à leur destruction. — Sa Majesté , répond le ministre , me demande un miracle. — Eh bien , poursuit la reine, faites ce miracle, et vous êtes mon saint. »

Le miracle ne se fit point, ajoute Proyart, et le duc, trop favorable au philosophisme pour avoir jamais été le saint de la reine, le fut encore moins depuis ce temps-là.

« Le grand point , écrivait Voltaire à Choiseul , est d'avoir beaucoup d'argent*. » Or, le Tartufe politique, dont Sainte-Beuve dira finement, avec preuves à l'appui , qu'il savait pratiquer au besoin « l'escobarderie » , n'avait pas besoin des leçons du Ta^-tufe philosophe pour songer à couvrir les dépenses de la guerre par la confiscation des biens d'un ordre réputé fort riche. « Il livra les Pères pour soixante millions, » à écrit naguère un libre- penseur, dans un livre dirigé plus encore contre la Compagnie de Jésus que contre l'Église ^.

On fut bientôt convaincu de la complicité, lorsque, le 2 août, Louis XV, réveillé pour un jour par de nou-

i Lettre du 13 juillet 1761.

* VÉglise et les philosophes au dix-huitième siècUi par Lanfrey, p. 273.

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