LE DÉCRET DE CLEMENT XIII
phe de Beaumont pour se placer en première ligne *. Dès 1746, la chapelle du Sacré-Cœur, à Saint-Laurent, attirait, les jours de réunion, un vrai concours d'âmes pieuses ; mais rien ne devait égaler les splendeurs de la fête qui eut lieu, dans l'église de Saint-Sulpice, le !•"■ septembre 1748, pour la consécration solennelle d'un autel dédié aux saints Cœurs de Jésus et de Marie. La cérémonie fut présidée par le nonce Durini, archevêque de Rhodes, et le P. Griffet eut mission d'en expliquer le sens et d'en justifier l'opportunité. Il ne fallait rien moins pour répondre d'avance aux ineptes accusations d'une feuille qui ne cessera plus de reprocher à Beaumont d'avoir livré son diocèse aux pratiques d'une superstition pleine de puérilités.
n faut dire toutefois que le véritable élan pour la dévotion au Sacré-Cœur fut imprimé, en France, par l'important décret du 6 février 1765. Jusque-là, en effet, les divers brefs des Souverains Pontifes paraissaient moins se prononcer sur la dévotion elle-même qu'autoriser, sous le vocable du Sacré-Cœur, des confréries appliquées aux œuvres de piété et de charité. La sanction donnée par Clément XIII au décret de la Congrégation des Rites ne laissa plus de place au doute : les résolutions de la célèbre Assemblée du clergé de France firent le reste.
Un récent historien du règne de Louis XV, M. Alphonse Jobez, en prend occasion de l'accuser d'avoir
^ La dévotion au Cœur de Jésus était établie, dès le temps du P. Eudes, dans quelques églises de Paris. On en trouve notamment des traces, dès 1670, au Propre des Saints de la royale abbaye de Montmartre. Elle y languissait depuis nombre d'années, lorsque la grande impulsion fut donnée sous répiscopat de Beaumont.
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€ compliqué la tâche du gouvernement par l'établissement d'un culte nouveau ^ » C'est une appréciation de Imute fantaisie. D'autres, pamjjhlétaires plus obscurs, n'y voient qu'une manœuvre de Beaumont « voulant favoriser les Jésuites au risque de braver l'opinion publique* ». Le gazetier janséniste n'eût pas trouvé mieux, lui qui, pour donner le signalement des diocèses où les € préventions jésuitiques » sont plus répandues et enracinées, avait accoutumé de dire : « Il y en a une marque infaillible dans le culte du Sacré-Cœur -K »
Aussi ne nous étonnerons-nous pas, quand, après (juelques années, tout en accusant l'archevêque de travailler sourdement à la restauration de la Compagnie di) Jésus éteinte, on soupçonnera les ex-Jésuites de faire do la dévotion au Sacré-Cœur « comme un centre de ralliement, un cri de guerre pour distinguer leurs affiliés, connaître leurs troupes, et calculer leurs ressources dans un moment décisif où ils croiraient pouvoir tenter une entreprise hardie * ».
Mais l'Assemblée de 1765 avait des préoccupations d'un intérêt plus général, lorsque, au lendemain de son appel ù l'épiscopat, elle signalait « l'esprit du siècle » menaçant l'Éti^t « d'une révolution qui annonce de toutes parts une ruine et une destruction totales ^ ». N'était-ce pas le temps où, d'après un aveu sans équi-
' trt Krttnee sons Louis XVy t, VII, p. 286. — Le même historien, après avoir ivproduit un abominable couplet dirigé par les jansénistes du temps iNintiH) la bienheureuse Marguerite>Marie, se met en frais d'érudition pour nous apprendre que cette sainte fille a été « canonisée {sic) par la Congrégation des Hites [sic) ».
* L$ elifrgè de 8U, jvir Jean Wallon, p. 505.
* yoHwUifs 9eclesHt$tiquif9 du 1781» p. 207.
* Bacimumoul (L X, p- "'l*^-
* Actes iiu c/tTj^. p. '200.