‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 110 sur 348 · LE « BÉLISAIRE » DE MARMONTEL · texte numérisé non relu

LE « BÉLISAIRE » DE MARMONTEL

gyriste : € Lç prédicateur ne sera pas archevêque de Paris, mais il sera de l'Académie ^ » L'Académie, en effet, accueillait volontiers alors ces abbés à la morale tolérante qui travaillaient à séculariser la religion, faute de pouvoir christianiser la philosophie .

Le Bélisaù^e de Marmontel venait donc à son heure. C'est la seule explication possible de l'étrange succès d'un roman si « parfaitement ennuyeux ^ ». Il convient de remarquer, d'ailleurs, que les philosophes firent la partie belle à leur confrère, car jamais livre ne fut prôné à l'égal de celui-là, et l'orgueil même de Voltaire s'oublia jusqu'à s'eflfacer devant l'auteur, écrivain des plus surfaits, qu'il appelait modestement « son maître 3». Au reste, l'accès de modestie dura peu. Voltaire avait bien trop hâte de se dédommager, en « se chargeant de traîner dans la boue » — c'est l'expression de Marmontel — les théologiens qui, à l'exemple de Beaumont, refusaient de ranger au nombre des chefs-d'œuvre de l'esprit humain le fameux chapitre xv sur Yiniolérance civile *.

L'auteur de Bêlisairey il faut le dire, ne comptait pas tellement sur les coups de fanfare des frères et amis , qu'il négligeât de prendre ses sûretés du côté de certains retours offensifs. Marmontel avait pour lui les suffrages de l'Académie ; mais n'échouerait-il pas inévi-

1 Lettre à d'Âlembert, 4 septembre 1767.

' Le mot est de Sainte-Beuve {Causeries du lundi, t. IV, p. 530).

' « Mon cher ami, qui m'appelez votre matlre, et qui êtes assurément le mien. » (Lettre de Voltaire à Marmontel, 14 octobre 1767.)

♦ Mémoires de Marmontel, p. 337 (édition Barrière). — Diderot parle le même langage : « Les philosophes se sont mis de la partie, et au défaut des pierres de la populace, ils ont couvert de boue toutes les fourrures sorbonniques. » (Lettre à Falconnet, t. III, p. 458.)

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