SUCCÈS DE VOGUE
tablement devant ce tribunal de Sorbonne dont l'archevêque de Paris était proviseur? On ne suit pas sans intérêt , dans ses Mémoires, la tactique qu'il déploya pour conquérir la neutralité de la cour et du Parlement, de façon à rester aux prises avec la seule Faculté de théologie. Le fâcheux abbé Terray avait déjà répondu de l'indifférence des magistrats; on s'arrangea, d'autre part, pour trouver un censeur de nature accommodante. Bref, le livre est enlevé d'assaut, trois éditions se succèdent en quelques jours, et neuf mille exemplaires sont jetés dans le public avant que la Sorbonne ait eu le loisir de rassembler ses notes de censure.
Le rôle de Marmontel consistait à gagner du temps pour laisser se multiplier et se répandre en Europe les éditions de son livre. Il cherchait à se tenir simplement en défense, « sans avoir l'air de craindre la Sorbonne , sans avoir l'air de la braver», lorsque Georgel vint l'inviter à prendre pour médiateur l'archevêque, en l'assurant qu'il serait bien reçu d'un prélat jaloux d'épuiser toutes les voies de conciliation. Marmontel, en effet, tout lié qu'il était avec les encyclopédistes, ne partageait point l'impiété à outrance de la plupart d'entre eux. Élevé chez les Jésuites de Mauriac, il avait gardé de sa première éducation , avec un vif sentiment de gratitude pour ses maîtres, quelque respect de la religion de son enfance ^ Il se laissa tenter.
L'entrevue du philosophe avec Christophe de Beaumont ne manque pas, sous sa plume, d'une certaine
1 Histoire de l'Université de Paris, par Ch. Jourdain, p. 435. — Marmontel a Iracé, dans ses Mémoires^ un tableau animé et intéressant des années qu'il passa au collège de Mauriac, depuis la classe de cinquième jusqu'à la rhétorique [loc. cit., p. 16-32).