TRENTE ANS APRES
de Beaumont, affectait de dédier la traduction à l'évêque de Tver, personnage bien digne assurément d'accepter pareille dédicace et de « s'en glorifier* ». Ce prélat schismatique ne venait-il pas de se signaler par un sermon sur la tolérance^ sermon dont la morale, au dire des traducteurs russes , « était aussi pure que celle de cet excellent livre ! »
« J'ai pour moi les tètes couronnées, écrit fièrement Marmontel : que m'importent les cuistres de la Sorbonne - f »
Trente ans plus tard, au mois de germinal an V (avril 1797), ce philosophe, qui avait assez vécu pour assister, en le déplorant, au triomphe brutal des idées dont il s'était fait longtemps l'apôtre, fut amené, par un singulier retour de fortune, à mettre au service de la religion catholique, alors proscrite et persécutée, les principes autrefois défendus contre elle.
Nommé membre du Conseil des Anciens par le corps électoral de l'Eure, Marmontel se vit expressément chargé par ses commettants de réclamer dans l'Assemblée nationale, au nom de ces mêmes principes, la liberté de nos rites et de nos solennités religieuses, « le réveil des cloches dans les campagnes et la réapparition du signe de la croix ». On peut lire dans le recueil de ses œuvres le discours qu'il se proposait de pronon-
• « L'évêque, Lien loin de désapprouver celte dédicace, en a témoigné beaucoup de contentement, et même il s^en glorifie. » (Lettre des traducteurs de Bélisaire en langue russe, à Marmontel, le 11 septembre 1768.)
'Lettre écrite de Spa, au mois d^août 1767 (Bachaumont, t. III, p. 244). — Au dire de Galiani, Témotion suscitée par le livre de Marmontel empêcha lo ministère de donner suite à certains projets en faveur des protestants (Lettre à Tanucci, 15 février 1768). Ce ne fut, en réalité, que partie remise.