‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 119 sur 348 · VOLTAIRE MTS EN CAUSE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE MTS EN CAUSE

qui s'était fait autour du livre, si bien que la Faculté de théologie n'aurait préparé sa censure que pour ne pas « être en retard avec son pasteur^ ». Rien de plus inexact. Le projet de censure remonte au mois de mai 1767, le mandement ne fut publié qu'en janvier 1768, et la guerre des pamphlets était ouverte longtemps avant l'apparition de l'acte épiscopal.

Cet acte produisit, au contraire, l'effet assez inattendu de réveiller la torpeur des magistrats, en appelant enfin la sévérité de la justice contre un colportage scandaleux de livres effrontément impies. On affirmait même que Beaumont s'était plaint à la reine mourante des * brochures parties de Ferney, et que cette princesse, après avoir reçu les derniers sacrements, avait formellement demandé au roi la punition du principal auteur de ces scandales, attendu que sa retraite en pays voisin semblait lui assurer à jamais l'impunité. Il est avéré que le patriarche de l'incrédulité fut pris tout à coup d'une fière peur, en apprenant que le parlement de Bourgogne, irrité de tant de licence, parlait de lancer contre lui « un décret de prise de corps ^ ». Voltaire n'ignorait pas, d'ailleurs, qu'un magistrat de Paris avait déclaré à l'abbé Ghauvelin qu'il était impossible de souffrir davantage de telles entreprises contre la religion, et que « si le dîner du comte de Boulainvilliers lui tombait entre les mains, il solliciterait un mandat d'arrêt contre l'auteur ^ ».

Le prudent philosophe, « qui se flattait d'être plus adroit que Socrate et ne se souciait pas de boire la

1 Critiques d'art et de littérature^ par le comte Clément do Ris, p. 51. ' VEsprit révolutionnaire avant la Révolution^ p. 270. » Griram (t. VI, p. 7).

Page 1