‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 120 sur 348 · SACRILÈGE ET VENGEANCE · texte numérisé non relu

SACRILÈGE ET VENGEANCE

ciguë », imagina, pour se mettre à couvert, la plus horrible des intrigues : le sacrilège. Le jour de Pâques 1768, il eut le front de communier publiquement à sa paroisse, et ne rougit pas d'écrire ensuite à l'archevêque de Paris « une lettre hypocrite sur son retour à la religion* ». Nous tairons de quels affreux blasphèmes fut commentée, entre amis, cette « farce spirituelle » qu'il s'est vanté d'avoir jouée deux fois. Le pieux évéque d'Annecy, dans une correspondance vengeresse pleine de dignité, arracha le masque du tartufe et démolit les tréteaux du comédien. Quant à Beaumont, il dédaigna de se commettre avec cet infâme.

« M. l'archevêque de Paris n'a point répondu à une lettre que je lui ai adressée , il y a trois semaines » , avouera piteusement Voltaire, qui en était à s'étonner que le prélat ne lui fit plus « l'honneur » de lui écrire -.

Aussi est-ce par vengeance que le philosophe va déployer toutes les industries possibles pour obtenir la représentation d'une sotte pièce de théâtre dans laquelle il entend jouer l'archevêque de Paris, les sorbonnistes et autres intolérants. Ses manœuvres néanmoins et le zèle de ses amis échoueront devant la fermeté vigilante d'un prélat à qui rien ne demeure étranger de ce qui touche à l'honneur de Dieu et de ses ministres.

1 Journal de Collé, t. III, p. 193.

' Lettre de Voltaire au duc de Richelieu, 29 juin 1768.

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