LE THEATRE MILITANT
chômait guère. » La philosophie eut donc beau jeu pour se glisser à Taise dans un milieu qu'on ne dédaignait pas toujours d'entre-bâiller à certaines hardiesses de langage. Prompte à saisir le puissant instrument de propagande que lui ménageait cette faveur des esprits, elle ne se fera pas faute de jeter, sous le couvert d'un rôle d'acteur en vogue, les semences de ces idées nouvelles d'où va sortir la Révolution.
Voltaire avait donné le branle. Il entraîna vingt rivaux de scepticisme dans cette guerre, tantôt discrète, tantôt bruyante, qui s'imposait de toute façon à l'attention publique. Je ne parle ni des vers fameux par leur impiété qui consacrèrent autrefois le souvenir de son Œdipe, ni les tirades équivoques de son Makomety où, tout en paraissant ne s'en prendre qu'au fanatisme, il sapait le fondement de toute religion révélée et faisait du mot « croyance » le synonyme de « duperie ». Outre que ces deux tragédies remontent bien avant l'épiscopat de Christophe deBeaumont^ on n'ignore point que Voltaire était parvenu jusque-là, dans ses pièces dramatiques, « à plaire aux philosophes sans irriter leurs adversaires, et à enseigner l'incrédulité alors même qu'il paraissait respecter la religion ».
Mais, avec les Guèbres, il n'en va plus de la sorte. La tragédie entière n'est plus ici qu'un sermon sur la liberté de conscience, et le poète affecte de la marquer en sous-titre du nom de Tolérance j pour mieux désigner au gros public le prélat qui vient de frapper Bélisaire : Beaumont l'intolérant. La persécution s'y trouve mise en scène avec toutes ses horreurs. « On voyait le paga-
< CEdipe remanie k 1718, Mahomet k 1740.