‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 124 sur 348 · FRANCHISES DES PIÈCES DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

FRANCHISES DES PIÈCES DRAMATIQUES

Voltaire, a le droit « d'être un peu hardi » , Richelieu recule comme les autres devant Tentreprise.'

Toutefois, si les Guèbres ne furent pas joués, ils entrèrent dans le commerce avec un long Discours hisioriqite et critique y sons forme de préface, dans lequel l'auteur dénonce, en les soulignant, certaines allusions cherchées au cours de la pièce, non sans protester contre l'application qij'on voudrait en faire au temps présent. « Combien, a-t-on dit, il eût regretté d'être pris au mot ! »

Si cela néanmoins avait tenu à Christophe de Beaumont, les franchises dont jouissaient les ouvrages dramatiques eussent été bien plus étroites. Ne pouvait-il pas sembler étrange, en effet, qu'une pièce dûment écartée de la scène rencontrât encore tant de facilités et de moyens pour se faire connaître? Au fait, « le malheur de ne pas être joué passait pour une punition suffisante, et la censure consolait l'auteur en lui laissant presque toujours la ressource de l'impression. » En était-il privé ? Il trouvait néanmoins à mettre son œuvre en lumière par des lectures, et surtout à la laisser jouer sur les théâtres de société, « ce qui lui assurait parfois presque autant de vogue et de publicité * » .

C'est ainsi, par exemple, que le drame de Mèlanie ou la Religieuse y contre lequel s'armera bientôt le zèle de l'archevêque, s'imprima librement et fut joué par Laharpe et ses amis, alors que ce fécond auteur n'avait même pas songé à le présenter aux comédiens pour une représentation publique. Et telle fut la vente d'une pièce qui semblait braver la censure en face, que le

1 Le Théâtre et la Philosophie, p. 9.

DÉCISIONS CONTRADICTOIKES. 171

philosophe en retira quatre mille livres dans l'espace de quinze jours.

Cependant, par une de ces anomalies inexplicables auxquelles il faut bien s'attendre avec les procédés de l'arbitraire, il y avait alors à Paris un certain Fontanelle qui devait, à coup sûr, trouver singulièrement injuste le succès de Laharpe. Écoutons Grimm en parler avec son sans façon ordinaire :

Ce M. Fontanelle a fait, il y a quelque temps, une tragédie intitulée Éricie ou la Vestale ; on croit y trouver quelques allusions à nos cloîtres, et la police lui donne pour censeur M. l'archevêque de Paris, afin de prévenir toute surprise. Le prélat, devenu censeur de pièces de théâtre, opine que non seulement cette Vestale ne peut être représentée, mais qu'elle ne doit pas même être imprimée, et voilà mon pauvre diable de poète pour ses frais de composition ; et lorsqu'il parvient enfin à la faire imprimer clandestinement, on envoie son colporteur aux galères pour en avoii' vendu. M. de Laharpe traite le même sujet, mais sans le voiler ; il place le lieu de la scène dans le parloir d'un couvent de Paris; une novice, un curé, un père dur et barbare en sont les acteurs, et l'auteur obtient la permission de vendre sa pièce publiquement.

L'archevêque de Paris ne comprit rien, en effet, à ce jeu des décisions contradictoires. On lui ménagera bientôt une autre surprise de ce genre, car, si le même pouvoir qui proscrivait la Vestale tolérait de quelque manière la Religieuse, la même autorité, qui naguère interdisait les Guèbres, va souffrir également qu'on représente les Druides. Cette dernière pièce, dont le sujet n'est pas sans une certaine analogie avec le thème des Lois de Minos, précédemment traité par Voltaire, semblait appelée à faire pour un temps, de Leblanc de Guillet, son auteur, le « héros du parti encyclopédique ».

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