‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 125 sur 348 · UNE MÉSAVENTURE DU CENSEUR · texte numérisé non relu

UNE MÉSAVENTURE DU CENSEUR

La façon dont il y est parlé de la théocratie était si bien de nature à conquérir les suffrages de ceux qu'on invitait à voir sur le théâtre « un peuple détrompé qui chasse ses prêtres et brise les autels arrosés de son sang » !

Ce n'est point que la cause chère à la philosophie y fût traitée de main de maître. Au contraire. Mais , fait observer Laharpe, « on sut gré à l'auteur de l'intention, d'autant plus volontiers que le clergé criait beaucoup contre l'ouvrage* ». On aurait crié à moins. L'archevêque de Paris dut intervenir en personne, et les Druides furent suspendus après la douzième représentation. L'impression même de la pièce fut prohibée, non seulement parce que le public crut reconnaître Christophe de Beaumont dans le rôle du pontife des faux dieux , mais surtout parce qu'on vit, dans le personnage d'une fille de roi que le fanatisme des prêtres pousse à se consacrer au culte d'Ésus, une allusion à l'entrée toute récente de Madame Louise au Carmel de Saint-Denis.

Le plus fâcheux de l'affaire fut que Leblanc, qui tenait en homme avisé à prendre ses précautions, avait fait examiner et approuver sa tragédie par l'abbé Bergier, censeur des plus compétents et que nul ne pou- -i^ vait suspecter de complaisance. C'est par pure surprise que le célèbre apologiste donna cette approbation regrettable, qui refroidit un instant ses rapports avec un prélat dont il possédait si justement la confiance. Bergier (qui, du reste , voulut se défendre par écrit , assurant à tort ou à raison qu'on avait fait des changements à la pièce après l'approbation donnée) ne vit sans doute dans cette humeur passagère de Beaumont à son égard

1 Correêpondance liuéraire, lettre 209.

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