‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 126 sur 348 · BEAUMONT ATTIRE BERGIER A PARIS · texte numérisé non relu

BEAUMONT ATTIRE BERGIER A PARIS

que l'une de ces rares occasions où, comme il le dira pittoresquement un jour, « son bonnet se trouva mis de travers* ».

L'archevêque, en effet, était bien trop jaloux de s'entourer des prêtres les plus recommandables par le talent et les bonnes mœurs, pour se priver longtemps du concours d'un homme comme Bergier. N'est-ce pas lui qui l'avait attiré naguère à la capitale, en lui offrant un canonicat dans son église de Paris, quelques mois à peine avant que la Luzerne , promu au siège de I^angres, quittât sa stalle de Notre-Dame pour aller recevoir, de ses mains, la consécration épiscopale dans l'église des Visitandines du faubourg Saint- Jacques '^ ^

Le doyen d'Agoult était mort le 4 octobre 1769; Claude Tudert, élu à l'unanimité des suffrages, lui succédait dans cette charge importante du décanat qu'il avait lui-même héritée de Jean de Saint-Exupéry. Nommé chanoine le 12 décembre, Bergier ne fut installé que le 29, et sa première apparition au milieu de ses collègues inspira à l'un d'eux, dix jours après , les lignes suivantes : « Mgr l'archevêque vient de nous donner pour confrère un curé des montagnes de la Suisse qui a beaucoup écrit contre les philosophes de nos jours. On le dit homme de génie. Je ne connais pas encore ses ouvrages , dont il a fait présent au cha-

^ Lettre de Bergier à Tabbé Maudoux, 10 août 1776. — Les Nouvelles do 1772, p. 90, donnent sur cette affaire des détails plus que suspects.

' Parmi les autres prélats qui, vers la même époque, eurent Christophe de Beaumont pour consécrateur , nous citerons Bausset, évéque de Fréjus, Gyrac de Saint-Brieuc, Malide d'Avranchcs (plus tard de Montpellier) et Royère de Tréguier. Les trois premiers furent sacrés dans l'église de Saint- Roch, le 31 août 1766; lo sacre de Royère eut lieu, le 26 avril de l'année suivante^ dans la chapelle des religieuses du Calvaire (rue de Vaugirard).

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pitre en se présentant ; mais , à son allure , je gagerais que ce n'est point un homme de ce monde * ».

C'est bien ainsi, en effet, que nous nous formons une idée de ce prêtre franc-comtois, à l'abord un peu rude , mais d'une honliêteté éprouvée qui, dans sa laborieuse retraite du presbytère de Flangebouche , s'était déjà rendu aussi redoutable à Voltaire qu'à Rousseau. Le premier l'avait raillé sans lui répondre, l'autre essayait de lui répondre sans oser le nommer, tous deux gardant rancune au controversiste impitoyable qui refusait de confondre « la gloire » avec « la célébrité » , attendu , disait-il, « que de tout temps les sages ont fait moins de bruit que les insensés, et que l'histoire, en nous laissant ignorer qui bâtit le temple de Diane, nous fait connaître celui qui le brûla- ».

Christophe de Beaumont, qui savait que Bergier s'était armé naguère pour défendre son mandement contre l'auteur d'Emile, désirait depuis lors s'attacher de plus près l'ardent champion de la foi, et ce fut pour assurer le loisir nécessaire à ses travaux apologétiques qu'il voulut lui ménager le repos de la vie canoniale. L'archevêque n'eut pas à se repentir de ce choix , car les œuvres du polémiste se succédèrent sans interrup-

1 Bachaumont (t. V, p. 51). — En lisant les lettres « pleines d'abandon et de cordialité » que fiergier à écrites à Pabbé Maudoux^ M. de Lantenay se demande avec raison si Bachaumont est bien informé, ou s*il ne se fait pas trop légèrement l'écho d'un jugement précipité, lorsque, deux mois environ après la nomination et l'installation de Bergier , il rapporte que « les chanoines de l'Église de Paris se plaignent qu'il ne soit pas un homme du monde et qu'il n';iit rien de ce liant, de cette aménité qui constitue les agréments de la société ». {Ibid., p. 70.)

* Discours de Bergier, couronné en 1763 par l'Académie de Besançon, qui avait mis au concours la question suivante : Combien les mœurs donnent de lustre aux talents.

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