LA COMMISSION DES ORDRES RELIGIEUX
même temps la facilité de payer une partie de leurs dettes en y appliquant les trésors de ces communautés qui n'ont point de successeurs, je crois qu'on les déterminerait à commencer cette réforme ; et il est à présumer qu'après avoir joui de la sécularisation de quelques bénéfices, leur avidité engloutira le reste*.
Ce mot de réforme est d'autant plus pénible à relever ici que l'Assemblée générale du clergé de France venait de s'en servir, en 1765 et 1766, pour recommander à la sollicitude du Saint-Siège les considérants d'un projet relatif aux abus introduits dans certaines communautés ou corporations religieuses. Il est vrai qu'elle était loin de s'imaginer que l'agent principal d'une commission de cette importance serait choisi, contre le gré des prélats, parmi les hommes dont les relations étroites avec le parti philosophique avaient fourni déjà plus d'un gage aux ennemis de l'Église.
Loménie de Brienne, en effet, ne tarda pas à diriger les opérations de manière à soulever, malheureusement sans profit pour la cause du bon droit, des polémiques nombreuses et ardentes. C'est assez, c'est trop pour lui qu'on ait pu l'accuser « d'avoir attisé des divisions dans les monastères, d'avoir excité les inférieurs contre leurs supérieurs, et d'avoir contribué à dégoûter de leur état des hommes que l'esprit du siècle en éloignait déjà ». Mais nous n'avons pas à faire l'historique de cette Commission fameuse qui, munie des édits du Conseil d'État, s'en ira supprimant des communautés religieuses, réduisant le nombre des monastères, abolissant certains ordres et assurant d'avance la ruine des autres par un
i Lettre du 24 mars Î767.