‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 139 sur 348 · LE PARLEMENT MAUPEOU · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT MAUPEOU

venir cet acte excessif, il renouvela la doctrine de l'indivisibilité de tous les parlements du royaume, et rendit un arrêt semblable à celui qui avait été le signal de la Fronde. € Alors, se sentant menacé sur son trône par cette coalition des cours judiciaires, Louis XV sortit de son indolence habituelle et résolut de frapper le grand coup dont on l'entretenait depuis longtemps... Choiseul fut exilé et le chancelier Maupeou eut le champ libre pour procéder à, la destruction des parlements et à la reconstitution de la justice sur de nouvelles bases *. »

Que les embarras du procès d'Aiguillon aient été le prétexte du coup d'État, ou que Maupeou n'y ait vu qu'un moyen d'échapper aux difficultés sérieuses de la situation financière, le conflit n'en parut pas moins avoir pris fin avec \es célèbres édits de janvier et d'avril 1771, édits qui remplaçaient par des cours de justice, analogues à celles de nos jours, les grands corps supprimés. Cet acte légitime du pouvoir, qui avait surtout le tort de frapper trop tard une ligue séditieuse, débarrassa bien la royauté d'une opposition de plus en plus agressive; mais en réussissant à mettre la couronne hors de greffée, il ne devait pas suffire à son salut. Les gouvernements faibles sont les seuls qu'on accule à de telles extrémités. Aussi la fermentation avait-elle été vive dans Paris, et les magistrats, destitués ou démissionnaires, avaient-ils conquis du fait de cette exécution une popularité immense, « avant-coureur de celle dont jouiront désormais tous ceux qui feront comme eux les affaires de la révolution^ ».

1 Vlnslrtiction publique, 8 février 1879, p. 84. * ReiÊue catholique du droit, 1875, t. V. p. 266.

188 ROLE DE BEAUMONT

« J*afïirme, écrivait alors le procureur Regnaut, que si, dans ce moment de crise, il se fût trouvé un chef, la révolution eût été des plus terribles ^ »

On a beaucoup parlé, à ce sujet, de la part active que Tarchevêquede Paris aurait prise dans ces événements. On a même semblé croire qu'il avait, en ces conjonctures, « servi de second » au chancelier, bien qu'il soit avéré que l'initiative était partie du ministère et que Maupeou n'avait cherché dans le clergé qu'un appui -. On a dit que presque tous les clercs entrés dans Je nouveau parlement étaient de son choix, qu'il y avait poussé plusieurs chanoines de son Eglise de Paris et jusqu'à son neveu. On lui a fait un crime, non seulement d'avoir célébré la messe rouge ^, mais encore de n'avoir pas craint, lui pair du royaume, de comparaître seul au milieu d'une cour réprouvée par les princes et les pairs ses collègues, d'y témoigner publiquement sa joie et de qualifier « cet attentat contre les droits de la nation » de réunion du Sacerdoce et de VEmpwe *.

Que Beaumont se soit grandement réjoui de ces

aventures parlementaires, nous n'y contredirons point ;

r . d'autant plus que le digne prélat partage la faute, si c'en

C( '' ' est une, avec l'homme du monde auquel on songe le

^ Mémoires maniucriu de Regnaut, t. I, p, 52 {Biblioth. nat., n* 13,733). — Gos manuscrits d'un procureur au Parlement, qui devait compter plus tard parmi les défenseurs officieux de Louis XVI auprès de la Convention, renferment des détails intéressants sur le coup d'État de 1771. Ils sont intitulés : Histoire des événements arrivés en France depuis septembre 1770 Jusqu'en février 1775. L'auteur a défondu de les livrer à l'impression.

* Revue politique et littéraire, 18 août 1877, p. 148.

" On appelait de ce nom la messe du Saint-Esprit célébrée à la rentrée de la Saint-Martin, parce que le Parlement y assistait en robes rouges, costume de grand cérémonial.

♦ V Espion anglais j t. I, p. 226.

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