MADAME LOUISE AU CARMEL
produit qui n'avait pas laissé d'occuper quelque temps l'attention publique.
Vers le milieu d'avril 1770, on apprit Xqut à coup, dans la capitale, que la plus jeune des filles de Louis XV venait d'échapper à la cour de son père et de s'enfermer au Carmel de Saint-Denis. Cette nouvelle excita une véritable surprise, car le secret avait été fidèlement gardé pour tous, même pour les membres de la famille royale. Louis XV en était instruit depuis le 30 janvier par l'archevêque de Paris, ce confident déjà ancien des perplexités et des désirs de l'auguste princesse. J'ai raconté longuement ailleurs l'histoire de cette vocation admirable ^
Ce fut après l'avoir éprouvée pendant plusieurs années que Beaumont, qui ne se dissimulait pas les difficultés de sa démarche , résolut de demander au roi une audience intime pour s'en expliquer avec lui. Aux premières paroles qu'il fit entendre, Louis XV reculant brusquement d'un pas : « Eh quoi ! dit-il avec l'accent de la douleur, c'était là cette nouvelle. Monsieur l'archevêque, et c'est vous qui me l'apportez ! » Beaumont demeurait interdit. Il a depuis avoué que, s'il eût pu prévoir l'état d'extrême peine où il venait de jeter le roi, il aurait hésité à se charger d'une commission si affligeante.
Cependant Louis XV, appuyé sur le dos de son fauteuil, la tête dans ses mains, gardait le plus profond silence. Il ne l'interrompit que pour s'écrier à diverses reprises : «C'est cruel! c'est cruel! c'est cruel! » Enfin, les sentiments de foi du chrétien surmontant en lui les
^ Études religieuses, octobre 1773, p. 541.