VISITES DE L ARCHEVÊQUE
le même jour, Sa Sainteté complimentait le roi d'avoir « si bien mérité de la religion », en ne refusant point le consentement paternel^ i
Beaumont, je l'avoue, avait plus que pei^sonne des motifs de se réjouir : il fut des premiers à visiter la princesse le soir du samedi saint, trois jours après son entrée au couvent. Le prélat bénit la communauté, et , promit de revenir aussi souvent que ses infirmités toujours croissantes le lui permettraient. On sait comment il tint parole.
C*est à lui que Dieu avait confié la mission de transférer Madame Louise de la cour au Carmel, c'est à lui que devait être réservé le bonheur de sonder une dernière fois cette âme généreuse, dans Texamen préparatoire aux cérémonies de sa profession ; c'est entre ses mains que Tauguste novice prononcera les vœux suprêmes qui la lieront pour toujours à Dieu. L'ornement que Beaumont portait au $aint autel, en cette circonstance mémorable, était fait de la robe de cour dont la princesse s'était dépouillée pour revêtir l'habit des filles de sainte Thérèse : l'archevêque avouera dans la suite qu'il avait ressenti, ce jour-là, des consolations capa- , blés de le dédommager de toutes les traverses de sa vie tourmentée.
Je ne dirai rien des visites qu'il multiplia, selon sa promesse, à Saint-Denis, pendant les dernières années du règne de Louis XV : les annales du monastère les racontent avec d'autant plus de complaisance qu'elles étaient toujours une fête pour la maison. Il est vrai
^ « ... Ouod hujusmodi indulgODtia tua de religione tam prœelare moreri Yolueris. » (Bref du l) mai 1770.)
196 CÉRÉMONIES qu'il PRÉSIDE.
que l'archevêque s'ingéniait à les faire coïncider avec des cérémonies plus ou moins éclatantes. Tantôt c'est le voile noir qu'il accepte d'imposer à une héritière des Kavanagh; tantôt c'est le sacre des évoques de Périgueux et de Valence (de Rougé et de Grave) qu'il présidera lui-même dans la chapelle publique; tantôt c'est le corps d'un martyr — présent du pape à Madame Louise — qu'il vient reconnaître en grande pompe et ceindre de la riche couronne qui aura servi à- la profession de cette princesse ^ Je sacrifie les détails.
Pourtant je dois dire que les ennemis du prélat affectèrent de voir dans telle de ces cérémonies un simple prétexte à des entretiens plus fréquents ou plus prolongés avec cette fille de France, « qu'on soutenait toujours n'avoir embrassé le parti de la religion que pour se trouver plus à portée de faire réussir, par de secrètes intrigues, tous les projets formés par la société des ci-devant soi-disant Jésuites, qu'elle était disposée à aider de tout. son crédit - ».
Si l'évêque de Senlis, par exemple, le même qu'on a • choisi pour prêcher le discours de la profession, accepte de dîner au monastère en tête à tête avec Beaumontj c'est que tous deux méditent de « la recorder d'avance sur ce qu'elle aurait à dire au roi, lorsqu'il viendrait lui rendre visite en passant à Saint-Denis pour se rendre à
^ Il s'agit du corps do saint Valecy, martyr, envoyé de Rome le 9 mai 1773. L'archevôque constata Pintégrité des sceaux, ouvrit la caisse, en tira les ossements et les fit examiner par le médecin et le chirurgien de la maison. « Le visa fini, il se lava les mains, et Madame Louise lui présenta la serviette. » (Annales mss» de Saint-Denis.)
* Journal de Hardy, 29 décembre 1771.