UNE STATUE A DRAPER
« On ne peut faire une aumône de cinquante louis plus plaisamment, lui répondait Voltaire; on ne peut se moquer d'un sot avec plus de noblesse... Je me garderai bien de rien offrir, en mon propre et privé nom, à Christophe ; il me dirait : Que ton argent périsse avec toi ! Alors il jouerait le beau rôle, et j'en serais pour mon ridicule ^ » Voltaire en était surtout pour ces façons de ladrerie dont il avait déjà fait montre dans la crise monétaire de 1759. « Toutes réflexions faites, lui écrira d'Alembert, je trouve que Raton fait bien de garder l'argent que Bertrand lui proposait de donner -. »
Il est vrai que les frères et amis, si revêches à délier les cordons de la bourse, avaient dû naguère battre à nouveau le rappel des souscripteurs, pour couvrir les frais de la statue qu'ils érigeaient à leur patriarche. On se rappelle que le ciseau de Pigalle l'avait faite à peu près nue... mais Fréron, disait Piron mourant, se chargeait de € la draper ^ ».
Tout ceci n'eût été que plaisant, si Christophe de
i Lettre du 18 janvier 1773.
> Lettre du 1" février 1773.
* Piron mourut le 21 janvier 1773. L'archevêque lui avait dépêché M. Marduel, curé de Sainl-Roch, pour Tentretenir des affaires de son âme. Nous voudrions pouvoir espérer que la fin du poète licencieux a été aussi chrétienne que semblaient le présager « certaines poésies religieuses » plus récemment sorties de sa plume. On consultera sur ce point, avec intérêt, VAtheAtfum français de 1856, p. 94 et 254. — Il est bon néanmoins de rappeler ici ces quelques lignes connues d'une lettre que Piron écrivait à l'ancien commis des finances, Tavenot, au sujet des Psaumes de la PénUenee^ qu'il s'occupait à traduire : € Ma sincère et chrétienne palinodie, Monsieur, après la salisfaction de ma conscience, ne pouvait m'en causer une plus sensible que de m'avoir rappelé dans votre souvenir. Nos demi-beaux espril|, nos quarts de philosophes peuvent me ridiculiser tout à leur aise. Un suffrage aussi désirable que le vôtre à tous ^rds et surtout pour l'ouvrage en question achève de m'en consoler pleinement. » {Œuvres de Piron, 1776.)