MÉMOIRE DE MA.DAME LOUISE
officier à la messe solennelle et aux vêpres de Noël. Les nouvellistes ne se montrent point déconcertés de Taventure, et ils trouvent d'autant plus vite à se raccrocher à autre chose que le tronc de toute cette intrigue a jeté bien des branches. Manifestement, à lein^s yeux, le silence de l'archevêque enveloppe un complot. Les Jésuites sont dans Taffaire.
La royale carmélite venait, en effet, le 27 novembre, d'être mise à la tête du monastère de Saint-Denis, à la grande satisfaction du roi, qui ne put s'empêcher d'en faire part sur l'heure à ses intimes : « Je vous apprends, Messieurs, que Madame Louise vient d'être nommée prieure de sa communauté, et ce qui me fait plaisir, c'est que c'a été sûrement sans cabale, car elle craignait de l'être. » L'occasion était bonne pour présenter à* son père le mémoire que Beaumont lui avait remis en faveur des religieux supprimés. Madame Louise la saisit avec bonheur, et Louis XV consentit à soumettre le mémoire à son conseil. Il s'agissait d'obtenir, pour les ex-Jésuites, l'autorisation de s'établir en France « comme simple congrégation de prêtres séculiers et sous l'habit de leur ordre. » Grand désarroi à cette nouvelle dans le clan des philosophes, qui se croyaient à tout jamais délivrés de ce cauchemar des Jésuites. Écoutons d'Alembert parlant à Voltaire de ces religieux dont l'ombre lui fait peur :
Cette canaille, quoique coupée en mille morceaux par le souverain et le pape, cherche à se réunir, et ne désespère pas d'y réussir. Il y a actuellement un projet de les rétablir en France sous un autre nom; et j'ai appris avec douleur que l'archevêque de Toulouse, qui, comme je le lui ai cent fois entendu dire à lui-même, n'aime ni n'estime ces marauds, et les connaît bien pour ce qu'ils sont, est à