SES SUCCÈS APOSTOLIQUES
suis rien en comparaison du P. Beauregard*. » L'archevêque n'hésita point, et le succès incomparable du jésuite justifia cette confiance au delà de toute prévision.
Philosophes et jansénistes s'émurent vivement d'un pareil succès, et les Nouvelles ecclésiastiques, l'organe le plus violent du parti, sonnèrent l'alarme. Elles reprochèrent amèrement à Beaumont le peu de discernement qu'il montrait dans le choix de « ses ouvriers d'élite ». A les enten^j^e. les sermons du P. Beauregard étaient dans le goût du x* siècle {sic), et ils « fourmillaient d'incongruités, sans compter le système jésuitique, qu'on y retrouvait partout ». Et le grand mal était que « ce prédicateur, cependant, avait un auditoire extraordinairement nombreux ^ ». Gomment expliquer cette affluence? On avait donné le mot aux communautés pour s'y rendre les jours ouvrables, et les confesseurs des paroisses y envoyaient les laïques le dimanche. « Ainsi, ajoutait la feuille janséniste, ainsi se vérifie la devise que la Société jésuitique portait depuis longtemps, d'être puissante par ses artifices ^. »
Artifices, en effet, vraiment irrésistibles ! dirons-nous avec le P. Daniel, dans son beau travail sur le P. Beauregard. « C'étaient, d'abord, un zèle ardent pour la gloire de Dieu et Un désir passionné de sauver les
i Hardy, 16 février 1774.
^ L'auditoire ne fit que grandir à mesure qu'on apprécia davantage lo céiètire prédicateur. Son carême de 1785, par exemple, fut suivi à Notre- Dame par un si grand nombre d'auditeurs, qu'on sç vit obligé de reculer « les deux rideaux formant la clôture de l'enceinte, le premier jusqu'au pilier de Philippe-le-Bel, et le second jusqu'au bénitier; ce qu'on n'avait point vu depuis le carême de 1753 ». (Hardy, 6 mars 1785.)
» No du 26 septembre 1774, p. 154.
MALADIE DE l' ARCHEVÊQUE. 247
âmes. Joignez-y un langage plein de feu, un geste noble et imposant, une voix sonore et pénétrante, dont tous les accents partaient du cœur, et vous comprendrez ce qui attirait cette foule extraordinaire autour de la chaire de Notre-Dame ^ » — Ajoutons que Beauregard, au témoignage peu suspect de Hardy, avait le mérite « de pratiquer lui-même ce qu'il prêchait, en tenant une conduite des plus ecclésiastiques et des plus régulières^ ».
Lia même affluence lui fit cortège aux sermons de charité qu'il prêcha, le jeudi de Pâques, à Saint-Nicolas du Ghardonnet, et, le lendemain, à Saint-Étienne du Mont. L'archevêque s'y montrait assidu autant que personne, en dépit de souffrances que les bains multipliés ne soulageaient plus que difficilement ^. Il ne put néanmoins, à son très grand regret, assister au discours de la Passion et dut se réserver pour les fatigues du jour de Pâques. — « Il s'éteint, dit-on », écrira quelques jours après le chroniqueur parisien.
Beaumont ne devait pas mourir encore. Mais Louis XV, qui venait de lui envoyer quatre grands tapis de ses manufactures de la SavonneriCy pour compléter les décorations du chœur de Notre-Dame , touchait, sans s'en douter, au moment de paraître devant Çieu. On eût dit que Beauregard, dont les accents enflammés
1 Études religieuses f \r^ série, t. III, p. 341.
* 9 février 1785.
* Hardy nous apprend à ce sujet un détail assez familier sans doute, mais qu^on nous perm(»ttra de citer en note. Madame Louise et les princesses ses sœurs, convaincues de l'efficacité de certaines pilules qu^on appelait alors « pilules de mademoiselle Stephens^ » les firent venir directement de Londres pour l'usage de Tarchevôque, afin d'être assurées qu'on les lui servirait « plus naturelles >.